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A boulets rouges sur les paradis fiscaux

La crise financière qui secoue les économies du monde entier depuis deux mois, a remis au goût du jour la lutte contre ces trous noirs de la finance mondiale. Un "plan d’attaque" est même au cœur d’une réunion internationale aujourd’hui à Paris…
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Radio France
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Ce mini-sommet qui réunit ce matin au ministère de l’Economie les représentants d’une vingtaine de pays et de l’OCDE (Organisation pour la coopération et de développement économiques), a été initié conjointement par l’Allemagne et la France.
_ L’Allemagne qui voit rouge depuis la révélation en février dernier, d’un vaste scandale d’évasion fiscale : de riches contribuables plaçaient leurs capitaux au Liechtenstein pour échapper au fisc. Quant à la France, Nicolas Sarkozy a fait de la disparition des paradis fiscaux l’une des clés pour la refondation du capitalisme mondial.

"Est-ce qu’il serait normal qu’une banque à qui nous garantirions des prêts ou à qui nous octroierions des fonds propres (…) continue à travailler dans les paradis fiscaux ? Réponse : non", assénait la semaine dernière le chef de l’Etat.

10.000 milliards de dollars

Car selon l’ONG Transparence International France, il y aurait une cinquantaine de paradis fiscaux dans le monde. Dans lesquels plus de 400 banques, deux tiers des 2.000 fonds spéculatifs et environ deux millions de sociétés écran gèreraient quelque 10.000 milliards de dollars d’actifs financiers.

Ces poches d’opacité off-shore permettent en effet à des banques qui ont pignon sur rue, comme la Britannique Northern Rock ou l’Américaine Bear Stearns de cacher leurs pertes. Mais, plus surprenant, rares seraient les banques "au-dessus de tout soupçon" qui n’investiraient pas une partie de notre épargne dans des produits financiers comme certaines Sicavs, fabriqués par ces fonds spéculatifs toxiques. C’est en tout cas ce qu’on affirme du côté de Transparence International France, sans citer nommément de banque française. Mais sans en exonérer aucune.

Il est donc impossible d’imaginer reconstruire le système financier mondial, sans faire un grand ménage dans ces zones de non-droit, d’opacité totale et de non-coopération. Car alors, tous les produits "vérolés" iraient s’y concentrer. Et en cas d’avis de tempête, la vente massive d’actifs de ces fonds spéculatifs non-régulés contribue à faire plonger les bourses. C’est ce que l’on observe depuis près de trois semaines.

Quelles sont les pistes ?

Commencer par établir une nouvelle liste, plus réaliste que celle de l’OCDE (lire notre encadré) des paradis fiscaux et, à tout le moins, des pays peu coopératifs en la matière. Une étape indispensable pour aller plus loin, un "préalable" que réclame notamment le ministre français du Budget Eric Woerth.

Les instances internationales pourraient ensuite décider de créer une agence de l’ONU chargée de la lutte contre la corruption dans les pays du Sud, à l’image du groupe de travail anticorruption de l’OCDE pour les pays riches. Mais aussi de renforcer la fiscalité sur les revenus de l’ensemble des produits financiers - personnes morales et entités juridiques comprises. Car actuellement, seules les personnes physiques sont taxées.

Mais ce "grand ménage" dans les paradis fiscaux et cette moralisation du capitalisme mondial ne pourront se faire sans une coopération internationale forte, pleine et entière. Dans cette perspective, le collectif d’ONG dont fait partie Transparence Internationale, fonde de grands espoirs sur l’élection de Barak Obama. Le candidat démocrate à la Maison Blanche a fait de la lutte contre les paradis fiscaux un point fort de son programme. En attendant, les Etats-Unis ont boudé la réunion de Paris.

Reportage, interviews : Olivier Bost
_ Page web : Gilles Halais

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