Tourisme : "1,3 million de vacanciers français en plus, avec un budget en hausse de 7%, et une volonté de découvrir les territoires"

Didier Arino, directeur du cabinet spécialisé Protourisme explique sur franceinfo que les Français privilégient de plus en plus le tourisme de proximité, pour découvrir leur patrimoine.

Les Français privilégient de plus en plus les destinations proches de chez eux, pour découvrir le patrimoine local.
Les Français privilégient de plus en plus les destinations proches de chez eux, pour découvrir le patrimoine local. (PMB / MAXPPP)

Alors que le week-end s'annonce chargé sur la route des vacances, Didier Arino, directeur du cabinet spécialisé Protourisme, a expliqué samedi 20 juillet sur franceinfo qu'il y a "1,3 million de vacanciers français en plus" cette année, et que "leur budget est en hausse de 7%". Il a pointé aussi une "volonté de découvrir les territoires", en faisant le choix de partir moins loin et de profiter du patrimoine français. "On revient vers la France", a commenté Didier Arino, ajoutant que "l'Occitanie reste la première destination touristique d'été".

franceinfo : 47% des Français ont prévu de partir cet été, contre 45% l'an dernier, selon une étude réalisée pour votre cabinet. Ça représente combien de vacanciers en plus ?

Didier Arino : Ça représente 1,3 million de vacanciers en plus. Cette année, 31,5 millions de nos concitoyens envisagent de partir en vacances. Et leur budget est en hausse de 7%. Quasiment toutes les catégories sont en hausse, à l'exception des employés, pour lesquels il y a une légère baisse des taux de départs en vacances. Les progressions les plus importantes sont celles des CSP+, mais aussi des retraités, qui sont plus nombreux à partir cette année. Parmi les tranches d'âge, seuls les 18-24 ans reculent. Mais il faut savoir que, ces dernières années, les vacances d'été ne sont pas les vacances les plus plébiscitées par les jeunes, qui changent de comportement. Ils partent de plus en plus vers des festivals autour de chez eux. On le voit avec le succès de festivals, comme les Vieilles Charrues ou Garorock, et ils ne font plus des vacances balnéaires ou à la montagne une priorité. Ils partent davantage en dehors de juillet et août. Et puis, il y a aussi ceux qui sont obligés de travailler pour financer leurs études.

Malgré un budget en hausse, les Français ne font pas forcément le choix de partir à l'étranger. Pourquoi ?

Ils ont renoncé, pour une partie, à aller à l'étranger ces derniers mois. C'est une bonne nouvelle pour les acteurs du tourisme et pour les territoires. Si les Français ont fait le choix de partir moins loin, ils n'ont pas renoncé à la qualité. Ils veulent de plus en plus des hébergements, des destinations, des produits qui leur apportent de belles expériences. Il y a le succès des campings haut-de-gamme, des hébergements atypiques. Ce n'est pas anodin si ce sont les destinations "de contenus" qui progressent le plus. On le voit avec une progression de la Bretagne, de la Normandie. L'Occitanie reste la première destination touristique d'été. On recherche du patrimoine, avec des destinations comme le Pays basque. Il y a la volonté de rencontrer les populations, de s'imprégner d'une culture, d'appréhender plus fortement les territoires. On le voit notamment dans l'Aude, le pays cathare, avec toute cette dimension œnotouristique qui fonctionne bien. Le touriste est devenu de plus en plus écoresponsable, avec une diminution ces dernières semaines des départs en avion, et avec la volonté d'aller à la rencontre des populations. Il y a une volonté de vivre des expériences fortes, de partager des choses en famille, entre amis, de mieux appréhender les territoires au travers du sport, de la culture, de la gastronomie. C'est aussi une formidable opportunité pour la destination France de reprendre un leadership, car des destinations artificielles se construisent partout dans le monde, et nous avons la chance, du fait de notre multiple patrimoine, de pouvoir présenter un autre tourisme, qui séduira les clientèles françaises et étrangères. Et cette année, les clientèles étrangères reviennent en nombre, après un premier semestre extrêmement difficile.

Vous dites qu'il y a moins de départs en avion. C'est l'effet "flygskam" (honte de l'avion, en suédois) qui gagne les vacanciers français ?

Ça commence effectivement à porter. On a des comportements très différents suivant les tranches d'âge. Les moins de 30 ans sont extrêmement sensibilisés à la problématique d'un tourisme durable, moins impactant sur les territoires. Pour les plus âgés, il y a la volonté d'un tourisme plus authentique. Donc on voit bien une bascule. L'an dernier, ça a été un chiffre record. 16,5 millions de Français sont partis à l'étranger, on n'avait jamais atteint ce chiffre. Ces dernières années, il y avait une perte de marché de la destination France. Les Français sont beaucoup plus partis en Espagne. Ils en reviennent un petit peu. On voit l'envie de découvrir des territoires plus authentiques, en allant moins loin. On revient vers la France.