Ours tué en Ariège : "C'est une espèce qui a parmi les plus hauts niveaux de protection", explique un géographe

L'ours est "un prédateur, mais contrairement au loup, ce n'est pas un carnivore exclusif, c'est un opportuniste", explique le géographe Farid Benhammou.

Un ours dans les Pyrénées (illustration).
Un ours dans les Pyrénées (illustration). (LAUNETTE FLORIAN / MAXPPP)

"Il faut signaler qu'il y a toujours eu des ours dans les Pyrénées", a rappelé mercredi 10 juin sur franceinfo Farid Benhammou, géographe, chercheur associé au laboratoire ruralités à l’université de Poitiers. L'État et plusieurs associations vont porter plainte après qu'un ours a été retrouvé mort, tué par balles, en Ariège.

franceinfo : Peut-on abattre un ours en France ?

Farid Benhammou : C'est totalement illégal. C'est une espèce qui est protégée en France depuis le début des années 80 et qui est protégée aussi au niveau européen, puisqu'elle relève de la directive "Habitats". Donc c'est une espèce qui a parmi les plus hauts niveaux de protection.

L'ours a été réintroduit dans les Pyrénées en 1996, combien sont-ils aujourd'hui ?

Ils ont été réintroduits en plusieurs étapes en 96-97, puis en 2006 et 2018. Il faut signaler qu'il y a toujours eu des ours dans les Pyrénées. Au moment des réintroductions, il restait une toute petite population. À partir de ces réintroductions qui ont été faites dans les Pyrénées centrales, on arrive à une cinquantaine d'ours. Cela n'est pas suffisant, même si c'est plus que dans les années 90, pour assurer la survie de l'espèce et une variabilité génétique. C'est pour ça que les associations de protection de la nature demandent de poursuivre des lâchers de femelles.

Pourquoi la situation de l'Ariège est-elle particulière ?

Dans les Pyrénées, dans l'ensemble, l'ours est plutôt bien vu et populaire. Il y a des oppositions qui sont fortes et elles le sont particulièrement en Ariège. C'est le seul département où les opposants sont dominants, ils ont des appuis politiques puissants. L'ours y fait beaucoup de dégâts et c'est un cercle vicieux puisque comme on a un noyau d'éleveurs qui est très hostile, la plupart n'appliquent pas les mesures de protection, qui pourraient réduire les dégâts. Il faut souligner une relative impunité que l'État entretien. En croyant céder aux exigences des opposants, l'État pense calmer la situation, sauf que c'est tout l'inverse.

De quelles mesures de protection parlez-vous ?

Cela peut-être le gardiennage, la présence humaine régulière, des clôtures et le fameux chien de protection. Le fameux chien de montagne des Pyrénées est une race qui a été sélectionnée et conservée parce qu'il y avait des ours dans les Pyrénées. Cette espère est capable de mettre en fuite un ours aussi imposant soit-il.

La mort de plus d'un millier d'animaux a été imputée aux ours en 2019. Les ours s'attaquent-ils naturellement aux brebis ?

C'est un prédateur, mais contrairement au loup, ce n'est pas un carnivore exclusif, c'est un opportuniste. La viande est assez limitée dans son alimentation. C'est entre 20% et 15%. La plupart du temps, il est principalement végétarien. Il peut s'attaquer aux animaux domestiques, ça arrive notamment à la sortie d'hibernation où les animaux ont très faim. Le chiffre de 1 000 est exagéré, parce qu'il y a quelques années, en 2017, on était à 150/200 dégâts chez les ovins causés par les ours. Les loups font à peu près 12 000 victimes chez les brebis. L'État a décidé que s'il y avait un dégât dans un secteur où il y a eu ours, c'était de sa faute, sans qu'il y ait de preuve avérée. De fait, les dégâts d'ours ont augmenté, mais il est très vraisemblable que les ours ne soient pas systématiquement impliqués.