Des médicaments prometteurs contre le cancer du sein

Certains peuvent ralentir la progression de la maladie et diminuer le nombre de décès. Le détail de ces nouveautés issues de deux études présentées au congrès mondial à San Antonio aux Etats-Unis.

Détail d\'une mammographie lors d\'un dépistage du cancer du sein.
Détail d'une mammographie lors d'un dépistage du cancer du sein. (LESTER LEFKOWITZ / GETTY IMAGES)

Les cancers du sein sensibles à l’action des hormones, œstrogènes et progestérone, représentent plus de 60 % des tumeurs et la majorité des décès. C’est pourquoi deux études présentées lors de la conférence SABCS, la plus importante réunion de spécialistes sur la maladie, qui se déroule du 6 au 10 décembre à San Antonio, aux Etats-Unis, retiennent l’attention.

• Première piste : traiter l'environnement du cancer

Les actions Un médicament destiné à l’origine à combattre la déminéralisation des os semble capable de réduire le risque de récidive et la mortalité chez des femmes atteintes d’un cancer hormonodépendant.

L’acide zolédronique, qui appartient à la famille des bisphosphonates, possède des propriétés anticancéreuses qu’on découvre peu à peu. Il semble capable, notamment, de détruire les cellules cancéreuses qui vont se loger dans les os, événement fréquent dans les cancers du sein. Mais il a aussi d’autres actions sur l’environnement de la tumeur.

L'étude Une équipe autrichienne de l’hôpital universitaire de Vienne a ainsi suivi 1 800 femmes non ménopausées et atteintes d’un cancer du sein sensible à l’action des hormones. 

Ces femmes n’ont reçu aucune chimiothérapie ! La fabrication d’hormones par leurs ovaires a été bloquée par l’utilisation d’une substance injectée tous les trois mois. Elles ont pris du tamoxifene ou de l’anastrozole, deux antihormones, et la moitié d’entre elles a reçu de l’acide zolédronique. Le traitement a duré trois ans.

Les résultats Quatre ans après l’arrêt des médicaments, les analyses montrent que 95,5 % des femmes sont toujours vivantes. Celles qui ont reçu l’acide zolédronique ont un risque de mortalité inférieur de 37 % par rapport à celles qui n’en ont pas eu. De même, le risque de récidive ou d’extension de la maladie était diminué de 28 % chez les femmes ayant bénéficié de ce produit. On estime que sur cet échantillon de 1 800 femmes, on a pu éviter 70 décès environ.

De plus, ce traitement a généré peu d’effets secondaires. Son efficacité s'est révélée plus importante chez les femmes de plus de 40 ans, sans doute en raison du fait que leurs ovaires avaient été bloqués plus efficacement que chez les femmes plus jeunes.

• Deuxième piste : reprogrammer les cellules cancéreuses

Les actions L’autre étude importante concerne cette fois les femmes ménopausées et atteintes du même genre de cancer, mais dont la maladie a progressé malgré le traitement antihormonal à base de létrozole ou d’anastrozole auxquels leur cancer est devenu résistant.

Dans le cadre d’une étude internationale baptisée Bolero-2, les chercheurs ont choisi d’utiliser un médicament, l’everolimus, qui a commencé sa carrière comme substance antirejet dans les greffes d’organes et qui, depuis quelques années, est utilisé dans le cancer du rein.

Ce médicament agit sur certains mécanismes intimes de la cellule cancéreuse, des dérèglements qui font proliférer la tumeur et les vaisseaux sanguins nécessaires à son alimentation. Or, l’everolimus va, en quelque sorte, ramener les cellules cancéreuses partiellement à la raison en effaçant leurs mécanismes de résistance au traitement.

L'étude Pour s’en assurer, les médecins ont donné de l'everolimus et de l'exemestane, une antihormone, à deux tiers des patientes, le dernier tiers recevant simplement de l’exemestane. Dans le groupe traité par la combinaison everolimus-exemestane, la maladie a évolué beaucoup plus lentement que dans le second groupe.

Les résultats La moitié des patientes sous combinaison n’avait pas vu leur maladie s’aggraver un peu plus de sept mois après le début du traitement. Pour celles sous exemestane seul, leur état s'est empiré au bout de trois mois pour la moitié d’entre elles. Enfin, on a noté que l’amélioration de l’état de santé a été deux fois plus élevée dans le groupe sous combinaison que dans l’autre.

Cet écart de quatre mois entre les deux groupes peut paraître faible à première vue, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit de cas d'une maladie très avancée pour laquelle on ne dispose pas de beaucoup de ressources. Doubler le temps pendant lequel la maladie ne va pas évoluer est important en termes de qualité de vie.