Pré-recrutement des enseignants à bac + 3 : "Le salaire n'est pas extrêmement attrayant"

Francette Popineau, co-secrétaire générale et porte-parole du syndicat Snuipp-FSU s'est exprimée mercredi 6 juin 2018, sur franceinfo, sur le rapport de la Cour des comptes qui recommande de "pré-recruter" les enseignants à bac + 3.

Salle de classe de CE1, école privée Immaculée conception à Seclin, le 5 décembre 2011.
Salle de classe de CE1, école privée Immaculée conception à Seclin, le 5 décembre 2011. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Après avoir relevé le niveau des concours de l'enseignement à bac + 5, il y a quelques années, le ministère de l'Éducation nationale songe désormais à recruter à partir d'un bac + 3, plus précisément à "pré-recruter". L'idée fait son chemin, après la publication d'un rapport de la Cour des comptes allant dans ce sens. Si le métier d'enseignant n'attire plus beaucoup, c'est que "le salaire n'est pas extrêmement attrayant", a expliqué sur franceinfo Francette Popineau, co-secrétaire générale et porte-parole du syndicat Snuipp-FSU.

franceinfo : L'enseignement est-il un métier qui a besoin d'être revalorisé ?

Francette Popineau : Absolument, on a une crise du recrutement qui perdure pour ce métier, pour plusieurs raisons. Une des raisons principales, c'est quand même que le salaire n'est pas extrêmement attrayant et a une évolution assez faible donc il faut revoir cela. On est payé comme les enseignants colombiens alors que le niveau de vie n'est pas tout à fait celui de la Colombie. Il faut aussi revoir la formation avec une meilleure qualité et puis, comme le ministre le dit lui-même, il faut envisager des pré-recrutements, c’est-à-dire fidéliser un certain nombre d'étudiants qui se dirigeraient vers les métiers de l'enseignement. Il faut aussi démocratiser ce métier, c’est-à-dire pour permettre à des étudiants qui ne sont pas issus des couches sociales favorisées de pouvoir accéder à ce métier.

Est-ce qu'on n'est pas en train de revenir à ce qui se faisait, il y a plus de 20 ans, dans les IUFM, les pré-recrutements des futurs enseignants ? Est-ce que ça fonctionnait bien à l'époque ?

Nous pensons en tout cas que ce qui va bien fonctionner, c'est qu'il ne faut pas déniveler le niveau de qualification des enseignants. Il faut dans ce pays, des enseignants hautement qualifiés, donc il faut exiger un Master. Ensuite, ce qu'il faut penser, c'est la formation : comment est-ce que nous la souhaitons ? Nous souhaitons 2 ans de formation, pleine et entière avec des stages d'observation, des stages de pratique accompagnés et nous souhaitons que la première année d'enseignement soit une année où on alterne la pratique et l'aspect théorique. Où on analyse sa pratique. Ça c'est ce qui se faisait un peu plus tôt côté école normale, nous on demande encore plus puisqu'on demande deux ans de formation.

De fait, en proposant cela, le gouvernement reconnaît implicitement que le métier d'enseignant n'attire plus, parce que les conditions de travail se sont dégradées au fil des années ?

Il reconnaît en tout cas effectivement qu'il y a une crise du recrutement et qu'il faut aider les étudiants à aller vers ce métier. Mais en effet, il ne peut pas travailler cette question sans travailler aussi sur les conditions d'exercice de ce métier. C'est certain et ce sont aussi des choses que nous portons sur les effectifs de classe, sur la présence d'enseignants spécialisés, sur la formation continue... Tout ça est à penser dans un même élan, mais il faut surtout faire en sorte que la formation initiale des enseignants soit de qualité. Ce qu'on craint, c'est que si on n'a plus de fonctionnaires stagiaires par exemple, on va se retrouver avec des étudiants boursiers. Mais comment vont-ils pouvoir continuer s'ils n'ont pas d'aide pour poursuivre leur formation ?