Sous pression, la Russie promet de libérer des dizaines d'orques et de bélugas

Ces mammifères marins sont entassés depuis l'été dans des bassins, dans l'extrême-orient russe. Ils devaient être vendus à des parcs à thème aquatiques.

Un béluga dans un bassin de Nakhodka (Russie), le 8 avril 2019.
Un béluga dans un bassin de Nakhodka (Russie), le 8 avril 2019. (REUTERS)

Les "prisons à baleines" de la baie de Srednyaya, sur l'île Rousski, dans l'extrême-orient russe, devraient bientôt disparaître. Les autorités russes ont promis, lundi 8 avril, de libérer les dizaines d'orques et de bélugas capturés et entassés depuis l'été dans des bassins, dont le sort a provoqué l'émotion des défenseurs de l'environnement. Plus de 1,4 million de personnes, dont l'acteur américain Leonardo DiCaprio, avaient signé une pétition sur le site change.org demandant la remise à la mer de ces 11 orques et 93 bélugas, dont la situation a mis en lumière le commerce de ces mammifères marins pour les parcs à thème aquatiques.

Sous une pression internationale croissante, le gouverneur de la région de Sakhaline, Oleg Kojemiako, a annoncé avoir "pris la décision de libérer les animaux dans la nature" après s'être entretenu avec Charles Vinick, un défenseur américain des animaux, et le fils du célèbre explorateur français Jacques-Yves Cousteau, Jean-Michel. "Notre objectif est de les libérer tous", ont déclaré les trois hommes dans un communiqué commun. Jean-Michel Cousteau, 80 ans, est le fondateur de l'association Ocean Futures Society. Charles Vinick dirige, lui, le Whale Sanctuary Project, dont l'objectif est de créer un sanctuaire pour les baleines et dauphins leur permettant d'échapper aux parcs aquatiques.

Des bassins trop "petits et encombrés, trop peu profonds" 

Jean-Michel Cousteau a assuré à l'AFP être persuadé que "beaucoup des animaux" seront libérés mais qu'il faudrait du temps pour trouver la bonne solution pour chaque animal : "Si certains sont malades, nous prendrons soin d'eux". Les conditions de captivité des mammifères marins "ne sont pas favorables à leur santé sur le long terme", a déclaré Charles Vinick à l'AFP, ajoutant : "Les bassins sont petits et encombrés, trop peu profonds." 

Une vue d\'ensemble des bassins de la \"prison des baleines\", réalisée le 6 avril 2019, à Nakhodka, dans l\'extrême-orient russe.
Une vue d'ensemble des bassins de la "prison des baleines", réalisée le 6 avril 2019, à Nakhodka, dans l'extrême-orient russe. (TATYANA MEEL / SPUTNIK / AFP)

Les scientifiques ont pris des échantillons et effectué des enregistrements audio des animaux pour déterminer leur état et vont travailler avec la Russie, a-t-il précisé. La diffusion en février de photographies de 11 orques et 93 bélugas entassés depuis l'été dans de petits bassins près de Nakhodka (une ville située à 90 km de Vladivostok) pour être vendus à l'étranger a déclenché une vague de protestations à travers le monde. Trois bélugas et une orque ont disparu depuis leur capture.

Vendus dans des parcs marins en Chine

La Russie est le seul pays où ces mammifères marins peuvent être capturés en plein océan à des fins "pédagogiques", une faille juridique utilisée par les trafiquants pour vendre des animaux à l'étranger, en particulier en Chine, où se développe un réseau de parcs à thème marins. 

Jeudi, le ministre de l'Environnement russe, Dmitri Kobylkine, a affirmé que libérer les animaux au cours de l'hiver aurait été trop dangereux : "Maintenant que nous sommes en été, ce travail peut et doit être fait." Mais le militant écologique Dmitri Lissitsyne, dont le groupe Sakhalin Watch appelle depuis plusieurs mois à la libération des mammifères marins, assure que le gouvernement n'a même pas entamé les démarches ordonnant la saisie des animaux. "Un jugement légal serait un facteur décisif [pour leur libération], mais cela n'existe même pas", a-t-il déclaré à l'AFP. "C'est une bataille. Il est possible que les forces qui soutiennent les entreprises [ayant capturé les animaux] cherchent simplement à gagner du temps."