"Par les pieds ou par la tête ?" : six questions sur la meilleure façon de se faire avaler par un anaconda

Un Américain passionné par ces serpents géants tente de se faire avaler par l'un d'eux dans un documentaire diffusé dimanche.

Un anaconda vert, de l\'espèce de celui qui a avalé Paul Rosolie, photographié au Brésil.
Un anaconda vert, de l'espèce de celui qui a avalé Paul Rosolie, photographié au Brésil. (CLAUS MEYER / MINDEN PICTURES / AFP)

Aller là d'où aucun homme n'est jamais revenu : c'est la mission que s'est fixée Paul Rosolie. Passionné par les anacondas et auteur d'un livre salué sur le sujet, cet homme de 27 ans a tenté, cet été, de se faire avaler par un de ces serpents géants, long de 5,5 mètres, pour un documentaire. Eaten Alive sera diffusé dimanche 7 décembre sur la chaîne américaine Discovery Channel. Avec ce geste spectaculaire, Rosolie espère attirer l'attention sur la disparition de l'habitat naturel des anacondas, la forêt amazonienne. En attendant de découvrir si cet aventurier est allé au bout de son pari, francetv info s'interroge sur la meilleure façon de servir de repas à un anaconda en toute sécurité.

1 Ça veut dire quoi "se faire avaler" par un anaconda ?

Discovery Channel entretient le mystère sur le succès de l'expérience jusqu'à la diffusion de son documentaire. Impossible de savoir quelle portion du corps de Paul Rosolie le serpent a pu avaler. Une chose est sûre, il n'a pas disparu complètement dans l'estomac de l'animal : "Le plan était qu'on me tirerait dehors une fois qu'il arriverait à ma taille", explique l'aventurier à Entertainment Weekly (en anglais). En partie pour protéger le serpent, mais aussi pour sa propre sécurité : "S'il était allé plus loin, ça aurait été difficile de me sortir."

2Comment ouvrir l'appétit d'un serpent géant ?

Si les anacondas mangent régulièrement des proies de grande taille, comme des cerfs, ils ne s'attaquent pas spontanément à des humains, comme l'explique au New York Post (en anglais) Frank Indiviglio, ancien spécialiste des reptiles du zoo du Bronx, à New York : "Les seuls cas d'humains mangés par des anacondas sont en général des enfants ou des adultes aux épaules étroites, ceux qu'ils peuvent vraiment avaler." Rosolie, lui, affirme avoir recueilli, au cours de ses voyages, de nombreux témoignages sur des personnes dévorées par le prédateur.

Mais il a dû se démener pour convaincre l'anaconda de tenter sa chance sur lui : "Au départ, il ne voulait pas me manger, il n'était pas intéressé." Pour attirer l'anaconda, Rosolie a tenté d'imiter les mouvements d'un cochon sauvage et s'est recouvert du sang de cet animal, une des proies habituelles du serpent. Mais à Entertainment Weekly, il explique aussi s'être comporté "comme un prédateur" pour effrayer le reptile, l'encourageant à se défendre en s'enroulant autour de lui avant de l'avaler. L'aventurier ne précise pas laquelle des approches a fonctionné.

3Faut-il entrer dans un serpent par les pieds ou la tête ?

"Les serpents avalent les choses la tête la première, c'est comme ça qu'ils font", explique Paul Rosolie. La peau du serpent est élastique et capable de fortement se distendre, confirme Frank Indiviglio, "un peu comme quand on tire sur un pull en maille". L'anaconda commence donc par avaler la partie la plus étroite de son repas - la tête et le cou -, puis se laisse glisser sur le corps de sa proie à mesure que celui-ci s'élargit. La chaîne NatGeoWild a filmé un anaconda utilisant cette technique pour avaler un capybara, un énorme rongeur d'Amazonie.

4Comment survivre à l'intérieur d'un anaconda ?

Pas question de s'aventurer à l'intérieur d'un anaconda dans sa tenue de tous les jours. Pour son expérience, Paul Rosolie s'est fait fabriquer un costume en fibre de carbone, modelé à partir d'un scanner de son corps en 3D. Un moyen de résister à la pression exercée par le serpent quand il s'enroule autour de son corps : une force équivalente, selon le New York Post, au poids d'un autobus. Il portait également un vêtement résistant aux sucs gastriques du serpent, et des manches en cotte de mailles contre les morsures. Sans trop en dire sur le déroulement de son défi, Rosolie raconte tout de même avoir senti son costume craquer quand le serpent a commencé à l'avaler. "Faire l'expérience de la vraie puissance de l'animal en valait la peine", témoigne-t-il.

Mais pour Rosolie, "le plus important était l'oxygène. La perspective de survivre à la constriction [la pression de l'animal enroulé autour de son corps], d'être avalé et de suffoquer à l'intérieur du serpent était horrible." Il s'est donc équipé d'un casque lui fournissant trois heures de réserve d'oxygène. Il portait aussi plusieurs caméras et instruments pour communiquer avec l'extérieur, dont l'un transmettait les données vitales de son corps à son équipe, pour que celle-ci intervienne en cas de danger.

5Maintenant que je suis dedans, comment sortir de là ?

Paul Rosolie dit avoir passé environ une heure dans l'animal. Mais comment en sortir ? L'aventurier garde le mystère, mais explique que le plan, en théorie, était de l'extraire du serpent quand celui-ci l'aurait avalé jusqu'à la taille. Plus loin, la tâche serait devenue trop compliquée. Dans la bande-annonce du documentaire, on voit que Rosolie a attaché un câble à l'une de ses chevilles. Etant donné la pression exercée par l'animal, impossible de s'en extraire sans une aide extérieure.

6L'aventurier est vivant, mais comment va le serpent ?

"Il est vivant et en bonne santé", assure Paul Rosolie. "Croyez-moi, je suis en beaucoup moins bon état", dit-il plusieurs mois après l'expérience. La sécurité de l'animal était, selon lui, une des priorités. "Je voulais m'assurer que mon costume était lisse et ne blesserait pas le serpent", raconte-t-il. Des scientifiques étaient présents pour s'assurer de la santé de ce dernier après sa capture.

Le spécialiste des anacondas avait été très critiqué après l'annonce de la diffusion du documentaire, en novembre. Une puissante association américaine de défense des animaux, PETA, a lancé une pétition, qui a réuni 37 000 signatures, appelant au boycott du programme, accusé de cruauté envers les animaux. "Des gens du monde entier m'ont appelé pour me dire qu'ils espéraient que j'attrape Ebola (…) et que j'étais le 'Hitler des animaux'", explique Rosolie. Loin de s'en offusquer, il s'en réjouit : "Je voulais faire quelque chose qui choquerait les gens et créerait un dialogue" sur la situation alarmante de la forêt amazonienne.