VIDEO. Disparition d'un million d'espèces : "On n'a que quelques années pour changer de trajectoire"

Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle et biologiste marin, met en garde mercredi sur franceinfo sur un "saut dans l'inconnu total", alors qu'entre 500 000 et un million d'espèces sont menacées d'extinction dans les prochaines décennies.

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Entre 500 000 et un million d'espèces sont menacées d'extinction dans les prochaines décennies, un chiffre qui sera présenté lors d'un sommet de l'ONU lundi à Paris sur la biodiversité, sorte d'équivalent du GIEC pour la biodiversité. "On n'a que quelques années pour changer de trajectoire, sans quoi de plus en plus d'écosystèmes vont basculer vers ces équilibres inconnus, et on ne sait pas ce que ça va donner. C'est vraiment un saut dans l'inconnu total", met en garde mercredi 24 avril matin sur franceinfo Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle et biologiste marin.

franceinfo : En 500 ans, on estime que 600 espèces avaient disparu, là on parle d'un million, ça veut dire que ça augmente de façon exponentielle ?

Bruno David : Cela augmente de façon exponentielle car l'usage qu'on fait de la planète augmente de façon exponentielle. Nous sommes de plus en plus nombreux et la manière dont nous nous comportons est de plus en plus impactant sur la planète - usage des sols, surexploitation des ressources, espèces invasives, transformation des espaces, pollution etc. On n'a que quelques années pour changer de trajectoire, sans quoi de plus en plus d'écosystèmes vont basculer vers ces équilibres inconnus, et on ne sait pas ce que ça va donner. C'est vraiment un saut dans l'inconnu total. L'espèce humaine sera une des espèces les plus en danger sur la planète dans les décennies qui viennent. Nous sommes plus complexes comme espèce, et ça nous fragilise. C'est comme une montre par rapport à un cadran solaire. Un coup de marteau sur un cadran solaire, il continuera globalement à fonctionner. Même un coup de marteau modeste sur votre montre, et je pense qu'elle marchera beaucoup moins bien.

Jusqu'à un million d'espèces menacées, ce chiffre fait-il consensus autour de vous ?

C'est un chiffre qui surprend et effraie. Nous avons déjà une galerie des espèces disparues au Museum, et je n'aimerais pas du tout avoir à l'agrandir.
On se rend compte à quel point l'homme a un impact énorme sur la planète. Un million d'espèces, ça représente un pourcentage non négligeable des espèces qui existent sur terre. C'est assez difficile d'avoir un référentiel, on a décrit jusqu'à présent deux millions d'espèces. En fait, on pense qu'il y a entre 10 et 20 millions d'espèces animales, végétales et surtout de micro-organismes sur la planète. Ça ferait quand même 10 %. Les espèces les plus fragiles sont celles qui sont au sommet des chaînes alimentaires et des écosystèmes, ce sont les grands mammifères, certains oiseaux. La disparition obscure, ce sont tous les micro-organismes du sol, ceux qu'on peut trouver dans la mer, dans le plancton. Ils disparaissent sans qu'on s'en rende compte. Il y a des espèces qui ont déjà disparu et on ne savait même pas qu'elles existaient, elles n'ont pas encore été décrites.

Quelles sont les conséquences sur la chaîne alimentaire, les écosystèmes et la vie sur Terre ?

Ça change complètement l'équilibre des écosystèmes, ils peuvent basculer de manière totalement imprévisible dans d'autres modes de fonctionnement, qui ne rendront pas forcément les mêmes services. En termes de fabrication d'oxygène, une de nos respirations sur deux est due au plancton de l'océan.

Bruno David, président du Muséum national d\'histoire naturelle et biologiste marin, sur franceinfo, mercredi 24 avril.
Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle et biologiste marin, sur franceinfo, mercredi 24 avril. (FRANCEINFO)