Meurtre d'Angélique : face aux prédateurs sexuels, "la loi doit changer"

Violaine Guérin, présidente de l’association Stop aux violences sexuelles, a expliqué, lundi sur franceinfo, qu'il faut "amener à la guérison" les auteurs d'agression sexuelle, alors que le meurtrier d'Angélique a déjà été condamné en 1996.

Un lieu de recueillement après la découverte du corps de la petite Angélique (13 ans), à Wambrechies (Nord), le 29 avril 2018.
Un lieu de recueillement après la découverte du corps de la petite Angélique (13 ans), à Wambrechies (Nord), le 29 avril 2018. (MAXPPP)

Un homme de 45 ans est toujours en garde à vue, lundi 30 avril, après la découverte du corps d'Angélique dans la nuit de samedi à dimanche. Une autopsie de la victime sera pratiquée lundi. Le suspect a reconnu avoir tué l'adolescente. Il a été condamné pour "viol avec arme" en 1996 pour des faits commis en 1994. Invitée de franceinfo lundi matin, Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue médicale, présidente de l’association Stop aux violences sexuelles, estime que face aux prédateurs sexuels, "la loi doit changer". Il faut "les amener à la guérison. C'est possible, c'est une question de moyens, de volonté politique".

franceinfo : Que vous inspire le profil de l'homme interpellé ? Le premier adjoint au maire de Wambrechies a déclaré qu'il était "au-dessus de tout soupçon".

Violaine Guérin : Nous sommes dans une situation malheureusement trop classique où quelqu'un qui a été condamné pour des agressions sexuelles n'a pas fait un parcours de soin qui l'a amené à la guérison. Quand les auteurs [d'agressions sexuelles ou de viols] sont en détention, tant qu'ils ne sont pas jugés, en général rien ne se passe. On perd énormément de temps, puisqu'un certain nombre d'auteurs [de viols] en cour d'assises ne sont jugés que trois, quatre, cinq ans après. Le problème, c'est que dans les centres de détention, on a très peu de moyens. Les psychologues sont pour la plupart de jeunes psychologues, avec peu d'expérience.

Le suspect était inscrit au FIJAIS, fichier qui répertorie les auteurs d'infractions sexuelles. Pourtant, ça n'a rien changé à la suite de son existence...

Exactement. Les administrations n'ont pas aujourd'hui, pour beaucoup, la possibilité d'aller vérifier les données qui sont dans ce fichier. Cet homme était un chauffeur de bus, d'après ce que j'ai compris. Potentiellement, il était en contact avec des enfants. Il n'aurait jamais dû avoir une autorisation d'exercer. Quant au maire, il peut théoriquement être au courant de la condamnation d'un de ses administrés. Des vérifications de casier peuvent être faites, ce devrait être le cas. C'est systématisé aujourd'hui dans le monde du sport, ça commence à l'être dans l'Éducation nationale, ça ne l'est pas du tout dans la culture. D'autres administrations devraient faire ces vérifications.

Que peut-on faire de mieux ? Faut-il changer les lois ?

Oui, il faut les changer. Le projet de loi du gouvernement à l'heure actuelle est encore sous-dimensionné par rapport à ces problématiques. De nombreux auteurs d'agressions sexuelles ne sont pas dans ces fichiers. Il faut aussi rappeler que la majorité des auteurs de ces agressions ne sont pas en prison. Il y a énormément de travail à faire en prévention. J'insiste sur la nécessité de mettre en place des parcours de soins efficaces. L'enjeu, c'est amener les gens à la guérison. C'est possible. C'est une question de moyens, de volonté politique.