"Cela fait force de symbole" : deux activistes antispécistes condamnés à dix et six mois de prison ferme pour dégradations

Marianne Celka, sociologue, enseignant-chercheur à Montpellier, était l'invité de franceinfo, lundi soir, après la condamnation de deux activistes antispécistes pour avoir dégradé ou incendié des boucheries, restaurants ou commerces des Hauts-de-France.

Le tribunal de Lille (Nord).
Le tribunal de Lille (Nord). (FLORENT MOREAU / MAXPPP)

Deux activistes antispécistes ont été condamnés, lundi 8 avril, par le tribunal correctionnel de Lille respectivement à dix et six mois de prison ferme pour avoir dégradé ou incendié des boucheries, restaurants ou commerces des Hauts-de-France, deux autres écopant de prison avec sursis. Ces peines -assorties d'une mise à l'épreuve de trois ans- ne sont pas accompagnées de mandat de dépôt. "Cela fait force de symbole pour les militants et ceux qui se sont sentis attaqués", a expliqué sur franceinfo Marianne Celka, sociologue, enseignant-chercheur à Montpellier.

franceinfo : Ce jugement peut-il être dissuasif pour les militants radicaux de la cause animale ?

Marianne Celka : Dissuasif on peut en douter. Toutefois, je pense que c'est une condamnation qui fait force de symbole pour les militants et pour ceux qui se sont sentis attaqués par eux. L'idée c'est, par rapport à cette condamnation, de se dire que la fin ne justifie pas toujours les moyens. Ce n'est pas la première fois qu'il y a eu des condamnations dans l'histoire du mouvement animaliste mais les plus grandes condamnations étaient plutôt dans les années 90, en Angleterre. Là, c'est une manière de témoigner qu'en France, il y aussi des condamnations possibles. C'est la première fois, il me semble, en France qu'il y a prison ferme.

Est-ce que ces militants viennent tous des milieux radicaux ?

Il faut distinguer le militantisme de l'activisme. Ces deux personnes qui ont été condamnées sont activistes puisqu'elles ont mené des actions directes à l'encontre des magasins de boucherie. Donc, là on s'inscrit dans la sphère activiste. Le militantisme c'est une autre manière de faire avancer la cause animale. Elle est davantage représentée par des associations comme L214 qui militent le jour. L'activiste travaille la nuit.

Comment fonctionnent les activistes ?

L'activiste par principe participe à des formes d'organisations comme des cellules auxquelles on participe de manière spontanée et non durable, pour le cas d'une action spécifique et après les cellules se dissipent pour ensuite se reconstituer. C'est quelque chose de très organique et qui suit l'actualité. Il y a une coordination en réseau, mais il n'y a pas forcément de leader et d'organisme qui supplante le tout. Donc, ça fonctionne plutôt dans la spontanéité et dans la bonne volonté de ceux qui veulent y participer.

Sont-ils persuadés du bien fait de leurs actions ?

Ce sont deux volets d'une même lutte. Celle pour la libération animale et le projet animaliste. Les peines symboliques servent aussi à réaffirmer la nécessité de la lutte pour les activistes et elles permettent de se faire le porte-parole ou le martyre de la cause animale. C'est un jeu de force qui se joue à l'endroit de la condition animale.