Baisse de la consommation de viande : un nutritionniste constate une "prise de conscience"

Le Dr Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste, constate jeudi sur franceinfo "une prise de conscience" de la population alors qu'une étude du Credoc révèle que la consommation de viande a reculé de 12% ces dix dernières années en France. 

Ces dix dernières années, la consommation de viande aurait baissé de 12% selon le Credoc.
Ces dix dernières années, la consommation de viande aurait baissé de 12% selon le Credoc. (DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Alors qu'une étude du Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) a révélé que la consommation de viande a reculé de 12% ces dix dernières années en France, le Dr Arnaud Cocaul médecin nutritionniste, constate, jeudi 6 septembre, sur franceinfo, "une prise de conscience" sur la nécessité, selon lui, de diminuer sa consommation de viande.

franceinfo : Constatez-vous cette baisse au quotidien, et la conseillez-vous ?

Arnaud Cocaul : Je constate au quotidien que les patients qui viennent me voir font état de nouvelles habitudes alimentaires ou nouvelles tentations alimentaires. Il est vrai que l'on voit monter, de plus en plus, une prise de conscience quant au fait que l'on ne peut pas continuer à manger de la viande et que sept milliards d'individus ne peuvent pas tous être nourris avec de la viande. Je conseille, en tant que nutritionniste, effectivement, de diminuer la viande, et d'aller vers des portions plus raisonnables en quantité, et également vers une qualité accrue, de faire attention à la traçabilité, etc… Et j'accompagne éventuellement les patients qui tentent d'aller vers le veganisme ou le végétalisme, de façon à ce qu'ils ne soient pas carencés en quoi que ce soit, en particulier en fer.

Les Français mangeaient en moyenne 153 g de produits carnés par jour en 2007, 135 g en 2016. A quoi cela correspond-il ?

Un steak moyen correspond, à peu près, à 120 g. Si vous prenez une entrecôte, certaines peuvent atteindre 500 g. On recommande, actuellement, d'après le dernier rapport de l'OMS qui va être dans le Programme national Nutrition-Santé quatrième version, de manger 500 g par semaine au maximum, et, au niveau de la charcuterie, d'être encore plus raisonnable, puisqu'il faut être à moins de 150 g.

Cette baisse concerne à peu près tout le monde, mais les jeunes continuent à manger pas mal de viande. Est-ce un problème ?

Un rapport, l'an passé, a mis en avant que le plat numéro un des Français était le hamburger. Donc, on continue à manger de la viande, mais les gens veulent avoir plus de qualité, que ce soit plus goûtu, et avoir une traçabilité. Les scandales sanitaires à répétition ont fait du mal à la confiance des consommateurs envers les industriels, et les industriels doivent absolument, maintenant, être transparents. Dès que vous avez un scandale, immédiatement, c'est répercuté sur les habitudes alimentaires : vous avez un scandale sur du lait, il va y a avoir une diminution du lait. Vous avez un scandale sur la viande, comme les lasagnes à la viande de cheval, c'est immédiatement suivi d'une conséquence, un boycott.

Dans ce cas, c'est un phénomène durable…

Il y a une prise de conscience du fait qu'il y a une surexploitation des bovins, des conditions d'abattage qui sont d'autant moins acceptables maintenant qu'il y a des images : en 2018 les gens voient comment cela se passe, et cela les traumatise. Et puis, on voit bien aussi qu'il y a cette industrialisation effrénée, surtout aux Etats-Unis, avec de la viande qui est avec des hormones, des antibiotiques, etc… et que cela a des répercussions, en fonction du mode d'élevage et en fonction de la façon dont la bête a été abattue, sur votre propre organisme. Vous allez créer des agents qui peuvent être agressifs sur votre propre santé et aller jusqu'à modifier votre ADN.

Par quoi remplace-t-on la viande si on ne veut pas être vegan ou végétarien ?

Il y a beaucoup de gens qui vont vers la volaille. Il est vrai que l'on recommande d'aller vers la volaille, pourquoi pas, toujours avec cette notion de traçabilité et faire en sorte que les bêtes soient élevées dans des conditions adéquates et en plein air. Les œufs sont une source de protéines pas chère. Il faut absolument réhabiliter les légumineuses, même si là, nous sommes plus dans le végétalien. C'est d'ailleurs ce que nous recommandons dans le Programme national Nutrition-Santé : avoir une consommation plus accentuée de lentilles, de pois chiche, etc… Vous pouvez avoir le steak de soja, pour ceux qui apprécient, les fruits de mer : les huîtres, les moules. Nous rentrons en période de moules, c'est excellent au niveau protéique, je recommande.