Sécurité, encombrement, assurance... Quatre problèmes posés par les trottinettes électriques en libre-service

A Paris, dix opérateurs se partagent désormais ce marché. De quoi entraîner de multiples problèmes dans la ville.

A deux sur une trottinette électrique place des Invalides à Paris, le 6 octobre 2018.
A deux sur une trottinette électrique place des Invalides à Paris, le 6 octobre 2018. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)

Comme sur des roulettes ? A Paris, un dixième opérateur a débarqué le 10 avril sur le marché déjà encombré des trottinettes électriques en libre-service. Et pas des moindres puisqu'il s'agit d'Uber (sous la marque Jump), qui entend vendre sous une même application toute la gamme du transport à la demande.

Conséquences : les trottoirs sont de plus en plus encombrés de trottinettes garées n'importe comment, et ces ludiques engins de déplacement personnel en "free floating" posent de nombreux problèmes non résolus, en attendant l'adoption de la loi d'orientation sur les mobilités (LOM). Tour d'horizon des inconvénients soulevés par ce nouveau mode de déplacement, qui exaspère plus d'un piéton à Paris.

Sécurité : une augmentation des "accidents" est "inévitable"

Ce qui pose problème. En 2017, la Sécurité routière faisait état de 284 blessés et 5 tués à trottinettes ou à rollers. La situation risque forcément d'empirer puisque ces statistiques, les plus récentes disponibles, datent d'avant l'arrivée des opérateurs en libre-service. "L'augmentation des accidents liés aux trottinettes électriques est inévitable, puisque c'est une pratique qui se développe", remarque d'ailleurs Emmanuel Barbe. Dans une interview à l'AFP, ce délégué interministériel à la Sécurité routière souligne l'"imprudence" fréquente dans la conduite de ces engins, "avec notamment la conduite avec des écouteurs."

Preuve que les assureurs entendent désormais sensibiliser les utilisateurs, MMA a organisé "un crash test" mettant en scène une trottinette fauchée par une voiture lancée à 50 km/h. Résultat : le mannequin placé sur la trottinette en guise de conducteur a rebondi sur le pare-brise pour atterrir 17 mètres plus loin, l'engin s'est plié en deux et le guidon a été cassé.

Les (éventuels) garde-fous. "Le port d'un équipement de protection, d'un casque et de gants est très vivement conseillé", souligne un vendeur dans Le Monde. Dans Le Parisien, la députée LREM Laurianne Rossi propose d'ailleurs de rendre "obligatoires" lesdits casque et gants dans le cadre de la loi LOM sur les mobilités actuellement en discussion au Parlement.

La même loi pourrait contraindre les usagers de trottinettes à emprunter les pistes cyclables et les voies "apaisées" limitées à 30 km/h. Enfin, pour protéger les piétons, la mairie de Paris prévoit désormais 135 euros d'amende pour les usagers de trottinettes roulant sur les trottoirs. Des mesures attendues alors qu'un accident grave a eu lieu vendredi 12 avril à Levallois-Perret. Un homme de 81 ans est dans un état grave après avoir été renversé par une trottinette électrique alors qu'il traversait un passage piéton.

Assurance : l'usager n'est pas forcément couvert

Ce qui pose problème. Une simple assurance de responsabilité civile ne suffit pas forcément lorsqu'on conduit une trottinette."Dès lors qu'il s'agit d'un engin à moteur, il faut une assurance véhicule comme pour une voiture ou un scooter", explique à l'AFP l'avocat Michel Benezra. Il ne s'agit pas d'assurer uniquement le conducteur mais aussi les dégâts qu'il pourrait causer. Cela peut coûter très cher à l'usager. Par exemple, l'indemnisation d'un piéton percuté qui devient tétraplégique se compte en millions d'euros".

Une réglementation "alignée sur celle des vélos" devrait voir le jour cet été, via une modification du code de la route pour donner un statut à ces nouveaux engins de déplacement personnel, précise Emmanuel Barbe.

Les (éventuels) garde-fous. Des assurances partielles sont incluses dans les locations de certaines trottinettes. La compagnie Bolt assure ainsi les blessures des usagers, mais pas les dommages causés aux tiers. L'opérateur Voi affirme, lui, couvrir les dégâts matériels et corporels causés par l'utilisateur, même si cela ne figure pas dans ses conditions d'utilisation. Quant à l'opérateur Lime, il précise dans son contrat d'utilisation (en anglais) que tous les dommages sont à la charge de l'utilisateur.

Stationnement : "C'est le Far West"

Ce qui pose problème. "Les rues de Paris comptent déjà plus de 15 000 scooters, vélos et trottinettes électriques, selon la Mairie, et 40 000 sont annoncés pour les prochains mois', constate Le Monde. Le tout s'entasse sur les trottoirs, à l'exaspération des piétons, comme en témoignent les photos sur les réseaux sociaux.

Le premier adjoint d'Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, reconnaît que c'est "le Far West", tandis que le maire divers gauche du 13e arrondissement de Paris Jérôme Coumet assure en avoir "marre du fait que chacun fasse n'importe quoi"

Les (éventuels) garde-fous. Première réponse, la ville de Paris affirme qu'elle va déployer une offre de stationnement réservée à ces équipements. Il devrait s’agir, selon Le Monde, "d'emplacements bien délimités sur la chaussée ou sur certains trottoirs assez larges, par exemple entre deux arbres, à un endroit où les piétons ne passent pas". Cette obligation de stationner à des endroits précis devrait être intégrée à la charte que la municipalité compte signer avec les opérateurs d'ici à quelques semaines.

Pour limiter l'afflux de trottinettes, la mairie va également imposer aux opérateurs une taxe, de 50 euros minimum par engin. Certaines municipalités prennent des sanctions plus drastiques vis-à-vis d'opérateurs qui débarquent sans négocier les modalités. La métropole de Nantes, relève Numerama, a ainsi confisqué l'ensemble de la flotte de trottinettes électriques de la marque Wind, qui avaient été dispersées dans la ville sans concertation le dimanche 31 mars.

Ecologie : une durée de vie limitée, des batteries à recycler

Ce qui pose problème. Certes, les véhicules électriques, trottinettes comprises, relèvent des mobilités dites "douces" puisqu'elles n'émettent pas de pollution en roulant. Elles sont donc écologiques,  l'utilisation, s'entend". Car nuance Slate, "les modèles électriques nécessitent des batteries au lithium, un métal rare dont l'extraction pose de graves problèmes environnementaux". A ce défaut, les trottinettes en libre-service en ajoutent un autre : une durée de vie "en ville" limitée à 28 jours, selon des statistiques américaines. 

Les (éventuels) garde-fous. Les directives européennes obligent théoriquement à un recyclage strict des batteries. Les opérateurs de trottinettes électriques en libre-service y veillent-ils ? Comment procèdent-ils ? Interrogée à l'automne dernier, la société Lime avait estimé que son mode de recycage des batteries relevait "du secret industriel".