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Prêtre, il a renoncé à ses fonctions par amour : "Je connais des confrères qui ont une double vie, moi je ne le souhaitais pas"

Pierre Blanc a vécu la même situation que le père David Gréa, curé de l'église Sainte-Blandine à Lyon, qui a renoncé dimanche à ses fonctions pour se marier. Interrogé lundi, l'ex-prêtre raconte. 

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Radio France
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Pierre Blanc a renoncé à être prêtre "par amour pour Christine", en 2010.  En 2015, il a écrit un livre sur son histoire. (JEAN-PIERRE BALFIN / MAXPPP)

David Gréa, curé de l'église Sainte-Blandine à Lyon, qui a souhaité se marier, a été déchargé de ses fonctions de prêtre par le cardinal Barbarin. Le prêtre a annoncé la nouvelle dimanche 19 février. Dans une lettre publique, David Gréa a expliqué qu'il avait rencontré une femme et désirait se marier avec elle.

Pierre Blanc, prêtre pendant 26 ans, a vécu la même situation que David Gréa. Il est tombé amoureux de Christine quand il était curé, dans l'Ain. En 2010, il a renoncé à être prêtre "par amour pour Christine, un amour qu'il a mis du temps à comprendre", raconte-t-il lundi sur franceinfo. "Cela m’a pris trois mois intérieurement pour peser le pour et le contre, accepter et décider d’arrêter et d’en parler à mon évêque", poursuit Pierre Blanc qui a écrit, en 2015, un livre sur son histoire (J'ai quitté ma paroisse pour l'amour d'une femme, éditions Presses du Châtelet). "Je connais des confrères qui ont une double vie, moi je ne le souhaitais pas et Christine non plus de son côté", ajoute-t-il.

franceinfo : Comment en êtes-vous arrivé à renoncer à la prêtrise ?

Pierre Blanc : J'ai pris cette décision pour deux raisons. Par amour pour Christine, d'abord, un amour que j’ai mis du temps à comprendre. Ensuite, car je me suis senti petit à petit étouffé dans une structure, un fonctionnement de l’Eglise dans lequel je me retrouvais de moins en moins par rapport à l’image que j’ai de Jésus.

Vous avez lutté longtemps contre cet amour ?

Oui, parce qu’on s’engage comme prêtre par amour pour Jésus, avec sa foi. Quand on est jeune, quand on a 25 ans, on veut donner toute sa vie et c’est logique. Dans l’Eglise catholique, il y a la règle du célibat. Je le savais, je l’ai acceptée avec, au fond de moi, le souhait que je puisse tenir cet engagement mais en sachant qu’on ne maîtrise pas tout de soi-même. Je me suis engagé quand même. J’avais connu Christine plusieurs années avant. C’était une amitié entre nous et rien d’autre. Et puis l’amour s’est installé sans que l’on s’en rende compte. C’était au début de l'année 2010. Cela m’a pris trois mois pour peser le pour et le contre intérieurement, accepter et décider d’arrêter et d’en parler à mon évêque.

Le cacher, ce n’était pas une solution ? Vous ne pouviez pas avoir une double vie ?

Non, je ne voulais pas. Je connais des confrères qui ont une double vie, moi je ne le souhaitais pas, et Christine non plus. Elle était divorcée, elle avait déjà deux enfants. C’était inconcevable pour nous d’impliquer les enfants dans un mensonge. Je suis allé voir le vicaire général et l’évêque pour leur dire ce qu’il en était. Que j’aimais une femme et que je souhaitais me décharger, renoncer au ministère. J’aurais souhaité le dire moi-même aux paroissiens, par respect pour eux, mais cela ne m’a pas été possible. L’évêque, dès la première rencontre, a exigé le secret entre nous. Il a décidé de la date. Il a annoncé la nouvelle aux parsoissiens le 10 octobre 2010.

L'évêque souhaitait que nous allions nous installer à l’autre bout de la France ou du monde. Parce qu’il faut entretenir l’idée que ce sont des choses qui arrivent très rarement et que ce sont des exceptions. Alors qu’il y en a régulièrement qui arrêtent.

Pierre Blanc

à franceinfo

Vous êtes-vous mariés à l’église ?

Non, je n’ai pas le droit. Le jour où j’ai arrêté, j’ai eu l’interdiction de donner les sacrements et de les recevoir. Et Christine étant divorcée après avoir été mariée à l’église, ce n’était pas possible. Il faudrait que je fasse une demande à Rome pour pouvoir être relevé de mon engagement. Au fond de moi, j’ai toujours ma foi chrétienne. Pour moi, Jésus est quelqu’un qui a éveillé les gens à la foi, à la confiance, à la vie. Nous allons à la messe régulièrement.

Comment s’est passé votre retour à la vie civile ?

Quand j’ai arrêté, j’avais 53 ans. Je me suis rendu compte que les prêtres ne cotisent pas du tout pour le chômage. Ce qui ne me donnait aucun droit à une formation ou une reconversion. Trouver un travail était donc très compliqué. J’ai créé ma propre micro-entreprise. Je suis officiant de cérémonie de mariage laïc. J’accompagne des couples qui, une fois qu’ils se sont mariés à la mairie, souhaitent marquer de manière plus solennelle leur amour devant leurs invités.

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