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Maltraitance dans les Ehpad : "Il faut pouvoir ouvrir les portes des établissements et mettre un coup de projecteur", pour Florence Aubenas, vice-présidente de l’Observatoire du grand âge

La journaliste du "Monde", désormais vice-présidente de l’Observatoire du grand âge, estime qu'il "faut que [le sujet des Ehpad] reste absolument" sur le devant de la scène.

Article rédigé par France Info
Radio France
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À Reze, près de Nantes, un panneau indique une maison de retraite Orpea. Image d'illustration. (LOIC VENANCE / AFP)

Florence Aubenas, grande reporter au Monde et vice-présidente de l’Observatoire du grand âge créé vendredi dernier, dit sur franceinfo dimanche 10 avril vouloir "ouvrir les portes" des Ehpad et "mettre un coup de projecteur sur le grand âge en France", après le scandale Orpea révélé dans le livre du journaliste Victor Castanet.


franceinfo : L'objectif de cet observatoire, c'est de ne pas laisser disparaitre ce sujet ?

Florence Aubenas : Exactement. Comme journaliste, je travaille beaucoup en France. Un jour ou l'autre, on tombe sur le problème du grand âge, sur la façon dont il est traité, et qui est un vrai angle mort de notre société. Le livre de Victor Castanet a permis de le mettre sur le devant de la scène et je pense qu'il faut qu'il y reste absolument. Ce qui est très frappant, c'est la honte de tous ceux qui sont confrontés à ce problème là : ceux qui mettent leurs parents dans des institutions, les familles qui viennent, et ceux qui y travaillent.

Comment s'y prendre pour faire la lumière sur les conditions de vie de nos aînés ?

Le principe de cet observatoire, c'est de dire qu'on va ouvrir les portes de ce secteur-là, le grand âge. Il s'agit des institutions mais aussi des personnes âgées à domicile. Il s'agit de donner un coup de projecteur dans un endroit qui a l'habitude d'être un huis clos. L'idée, c'est de le mettre au grand jour. Je pense qu'il y a énormément de choses à découvrir. Chacun d'entre nous sait que c'est un secteur qui, si on peut le dire comme ça, ne tourne pas rond : il s'y mêle des enjeux de santé publique, des enjeux financiers très importants, des enjeux tout simplement de dignité humaine. C'est ce qu'on essaie de mettre en lumière aujourd'hui. On sait que quelque chose ne va pas et il faut savoir quoi. Il faut pouvoir ouvrir les portes de ces établissements et mettre un coup de projecteur sur le grand âge en France.


Est-ce un sujet qui vous touche particulièrement ?

On a l'impression que ça ne nous touche pas, que ce n'est pas pour nous, que ce n'est pas nous qui irons dans un Ehpad ou qui aurons une infirmière qui viendra à la maison pour nous aider. Et pourtant, ça l'est, on est tous concernés. Il y a une espèce de sentiment très mélangé face à ce secteur. L'autre chose est bien sûr le rôle de la journaliste, qui est celui d'observer la société dans laquelle on vit et d'y aller comme enquêtrice. Cette association se veut un contre pouvoir. Bien sûr que l'Etat, on l'espère, fera son travail, mais c'est encore mieux quand on s'en mêle quand même.


Vous avez beaucoup travaillé avec l'Observatoire International des Prisons : diriez-vous que les Ehpad sont aussi des lieux d'incarcération ?

Je ne parlerais pas d'incarcération ou de privation de liberté, mais c'est un endroit d'enfermement, qu'il soit volontaire ou non. Parfois, si quelqu'un va dans un Ehpad, il sort de moins en moins parce qu'il y a de moins en moins de raisons de sortir. Tout est là. On mange à l'endroit où on dort. Il y a cette espèce d'enfermement qui n'est pas volontaire mais qui, petit à petit, se crée de lui même. Il faut le rompre aussi. Il y a beaucoup de formes d'enfermement dans un Ehpad qui sont beaucoup plus subtiles et tordues qu'il n'y en a dans un lieu de privation de liberté ou on ferme la porte à clé. Il faut que ceux qui sont en Ehpad ou enfermés chez eux aient des possibilités de sortir. Combien de sorties sont organisées dans chaque EPAD ou pour des personnes âgées par les pouvoirs publics ? C'est un enfermement plus complexe.

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