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Sécurité et sûreté des centrales : "La sous-traitance dans le nucléaire est une connerie monumentale"

La sous-traitance dans le nucléaire, qui fait partie des problèmes pointés par le rapport parlementaire sur la sûreté et la sécurité des sites nucléaires remis jeudi 5 juillet a été vivement dénoncée par Pascal Pavageau, le nouveau secrétaire général du syndicat Force ouvrière.

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Pascal Pavageau, secrétaire général du syndicat Force ouvrière, le 1er mai à Paris. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Pascal Pavageau, nouveau secrétaire général du syndicat Force ouvrière (FO), a critiqué avec force, jeudi 5 juillet sur France Inter, l'utilisation massive de la sous-traitance dans le nucléaire. C'est l'un des problèmes pointés par le rapport parlementaire sur la sûreté et la sécurité des sites nucléaires, publié ce jeudi. "La sous-traitance, dans le nucléaire, c'est simplement une aberration, c'est une connerie monumentale, c'est un risque gigantesque !", a-t-il réagi.

France Inter : Quel est le point de vue de Force ouvrière sur la sous-traitance dans le secteur nucléaire ?

Pascal Pavageau : Ce que le rapport parlementaire est en train de découvrir, nous l'avons dit, en partie notamment sur la sous-traitance, depuis maintenant à peu près six ans. La sous-traitance, dans le nucléaire, c'est simplement une aberration, c'est une connerie monumentale, c'est un risque gigantesque ! C'est faire prendre des risques aux salariés concernés, 80% dans la filière nucléaire de sous-traitance. En 2011, après deux ans de refus du gouvernement, la première chose que nous avons obtenue c'est un état des lieux. Et on était à 70% de sous-traitance. C’est-à-dire que ça a continué d'augmenter. Et là-dessus, le rapport, à juste titre, rappelle que c'est un risque pour l'ensemble des acteurs de la filière et puis évidemment un risque pour tout le monde.

Qu'est-ce qu'il faut faire sur ce point-là ?

Premièrement il faut ré-internaliser pour garder de la compétence durable sur quelque chose qui, franchement, nécessite de la qualification et une ultra-compétence en matière de sécurité. Deuxièmement, il faut réfléchir, il y a deux possibilités. Nous, on n'était pas totalement défavorables à réfléchir à une convention collective du nucléaire. Parce que si vous êtes, par exemple, sous-traitant en matière de nettoyage ou de sécurité, vous avez votre convention collective du nettoyage ou de la sécurité. Sauf que là, vous exercez dans un site qui n'est quand même pas neutre, qui s'appelle une centrale nucléaire donc vous n'êtes pas formé, vous n'êtes pas qualifié du fait de votre convention collective à travailler sur un site aussi particulier. Il faut, à tout le moins, que l'ensemble des conventions collectives qui aujourd'hui interviennent sur des centrales nucléaires soient au même niveau de formation et de qualification que celles et ceux qui sont de la filière nucléaire strictement, en l'occurrence seulement 20%. (...) Le problème c'est qu'en plus, les 20% qui restent aujourd'hui de la filière, sont des gens qui vont bientôt partir à la retraite. Donc on a un problème de transmission de savoir-faire parce qu'on n'a plus de capacité de faire savoir, c'est ça le problème de fond. Il ne faudrait pas que demain, 100% des acteurs du nucléaire soient des gens d'entreprises privées extérieures à la filière nucléaire, non formés, notamment en matière de sécurité.

Quelles réponses avez-vous obtenues sur vos propositions ?

Rien, que dalle, comme d'habitude. Visiblement, on était à 70% de sous-traitants, grosso modo, en 2010, on en est à 80%, donc non seulement on ne nous écoute pas, mais ça s'aggrave. C'est une aberration. Nous, on est favorables au mix énergétique, et on est favorables à l'énergie nucléaire y compris sur des logiques décarbonnées. Le sujet n'est pas d'être anti-nucléaire, ou d'être pro-nucléaire, ce n'est même pas notre sujet. Le sujet est, pour nous organisation syndicale, la protection de celles et ceux qui travaillent dans cette filière et objectivement, de ce point de vue-là, la sous-traitance est une aberration, une mise en danger pour celles et ceux qui travaillent et un risque, du coup, pour l'ensemble de la population.

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