Nuage radioactif en Europe : "30 ans après Tchernobyl, on se rend compte qu'on n'a toujours pas accès à une information fiable"

La Russie a reconnu avoir détecté un nuage radioactif, fin septembre. Mais selon la Criirad, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, les mesures communiquées présentent des incohérences.

Un homme mesure la radioactivité d\'un convoi de déchets nucléaire, en France, en 2011. (Photo d\'illustration)
Un homme mesure la radioactivité d'un convoi de déchets nucléaire, en France, en 2011. (Photo d'illustration) (MAXPPP)

La Russie a reconnu que le nuage radioactif détecté en Europe fin septembre venait bien de son territoire. Lundi 20 novembre, l'agence russe de météorologie, Rosguidromet, a révélé qu'une concentration très élevée de ruthénium-106 avait été détectée dans plusieurs régions de Russie. Invité de franceinfo mardi, Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), pointe les incohérences dans résultats publiés par Russes.

franceinfo : Quelles sont les différences entre le rapport des Russes et les estimations de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ?

Bruno Chareyron : Les Russes parlent de retombées de quelques centaines de becquerels par mètre carré dans l'environnement du site de Maïak [un complexe nucléaire situé dans le sud de l'Oural]. Les simulations de l'IRSN évoquent des millions de becquerels par mètre carré à proximité immédiate et des valeurs de l'ordre de 100 000 becquerels par mètre carré dans une distance de quelques dizaines de kilomètres. Il faut faire toute la lumière sur ce dossier.

A-t-on les moyens de contrôler ce qui est communiqué ?

La Criirad a interpellé l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui, sur ce dossier, ne font pas correctement leur travail. Il faut une enquête et une mission internationale sur place. Plus de 30 ans après Tchernobyl, on se rend compte qu'on n'a toujours pas accès à une information fiable. C'est à la fois choquant et inquiétant et il faut absolument progresser là-dessus.

Le ruthénium-106 est-il dangereux ?

C'est un produit radioactif avec son descendant, le couple ruthénium-rodium, qui émet des rayonnements beta et gamma et vont émettre ces radiations pendant un temps très long, puisque la période de ces radionucléides est d'une année. En fonction du niveau exact de retombée, il y a vraiment un souci à se faire pour les populations locales. 

Le problème c'est que, pour l'instant, les différentes mesures qui nous sont communiquées ne sont pas cohérentes entre elles au niveau des ordres de grandeur.Bruno Chareyronà franceinfo

Les installations nucléaires russes ont-elles de quoi inquiéter ?

Le site de Maïak est particulièrement inquiétant dans le sens où il a conduit à des pollutions massives depuis plus de 60 ans. Il continue à rejeter des effluents radioactifs dans une cascade qui aboutit à des barrages, qui ne sont pas étanches. Donc, ils contaminent la rivière. En cas de rupture, cela pourrait induire une contamination de tout le bassin versant. C'est un site qui nous inquiète, d'autant plus qu'il n'y a aucune transparence sur ses activités et sur ses rejets.

"30 ans après Tchernobyl, on se rend compte qu'on n'a toujours pas accès à une information fiable" - Bruno Chareyron (CRIIAD)
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