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Mise à l'arrêt de Fessenheim : la France "a franchi une étape", affirme un économiste

La fermeture de Fessenheim va être "en partie compensée par le développement des renouvelables", selon l'économiste Patrice Geoffron.

Article rédigé par franceinfo
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La centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, le 20 février 2020. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

La plus vieille de nos centrales nucléaires, Fessenheim (Haut-Rhin), est à l’arrêt depuis la nuit du lundi 29 au mardi 30 juin. Le second réacteur a été débranché. 56 autres réacteurs sont toujours en service en France, 12 devraient être fermés. L’objectif est de ramener d'ici quinze ans à 50% la part du nucléaire dans la consommation électrique française. Patrice Geoffron, économiste, professeur de sciences économiques à l’université Paris-Dauphine et directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP), a estimé mardi 30 juin sur franceinfo que "symboliquement", en fermant la centrale nucléaire de Fessenheim, la France "a franchi une étape".

franceinfo : La France va-t-elle atteindre son objectif de réduction de la part du nucléaire dans la consommation électrique ?

Patrice Geoffron : En tout cas, c'est l'amorce d'un processus qui est annoncé depuis pas mal de temps, mais qui n'avait pas trouvé de mise en œuvre concrète. Donc, symboliquement, même si Fessenheim est annoncée de longue date comme la première centrale à fermer, on a franchi une étape. Elle produisait plus des deux tiers de l'électricité consommée par une région comme l'Alsace, par exemple.

Est-ce qu'on a de quoi compenser aujourd'hui la fermeture de Fessenheim sans avoir à se fournir en énergie électrique à l’étranger ?

Il faut savoir qu'on se fournit en énergie électrique et on exporte de l'énergie électrique à longueur de journée. C'est la caractéristique de ce qu'on appelle la plaque électrique européenne sur le continent et qui est également reliée notamment à la Grande-Bretagne. On passe notre temps à importer, à exporter. C'est en fonction de la disponibilité et des niveaux de prix. Je pense qu'il n'y a pas de souci particulier pour cette région de France.

Est-ce que ça veut dire que la part de l'importation venue de l'étranger va augmenter ?

En moyenne oui, sans doute, puisqu’on réduit cette part du nucléaire. Mais par ailleurs, elle va être en partie compensée par le développement des renouvelables. De manière générale, il faut vraiment faire la différence entre ce qu'il se passe en période normale et ce qu'on pourrait avoir à affronter dans les temps prochains du fait du Covid-19. Des opérations de maintenance ont dû être déplacées dans le temps.

RTE, le transporteur d'électricité qui gère le système, nous dit qu'il n'y aura pas de difficultés sur l'été. En revanche, il appelle à la vigilance sur l'hiver prochain. Les centrales nucléaires ne vont-elles plus être en état de fournir la production électrique habituelle ?

En tout cas, la disponibilité sera moindre par rapport à ce qui avait été envisagé. C'est la conséquence du Covid-19 avec des opérations de maintenance qui ont dû être déplacées. Il y a des solutions face à ce type de situation. À nouveau les importations et les exportations, mais il y a également des contrats avec les industriels de telle manière à ce que ces derniers déplacent leur consommation lors des pics de consommation, notamment de la part des ménages.

Il y a de la flexibilité dans le système, mais RTE nous invite collectivement à la vigilance. La solution pour l’avenir n’est-elle pas non pas d’augmenter la production, mais de diminuer la consommation ?

La diminuer, pas nécessairement. En tout cas, la rendre plus agile, plus flexible, parce que les moyens de production qu'on est en train de fermer, c'est à la fois le nucléaire avec Fessenheim, mais également des centrales à charbon qui produisent, soit une électricité en continu, soit une électricité pilotable, c'est-à-dire qu'on allume et qu'on éteint. Et on va remplacer cela par plus de photovoltaïque, plus d'éolien qui, évidemment, dépendent de la disponibilité du soleil et du vent. Ce qui va supposer plus de flexibilité du côté de la demande, notamment des ménages. C'est une évolution qui est souhaitable, mais qui est susceptible de modifier notre relation à l’électricité historiquement.

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