Suicide de Dominique Venner : un symbole pour l'extrême droite ?

Au lendemain de la mort de l'essayiste à Notre-Dame de Paris, les hommages de personnalités de ce courant politique affluent. 

A Notre-Dame, après le suicide de Dominique Venner, le 21 mai 2013.
A Notre-Dame, après le suicide de Dominique Venner, le 21 mai 2013. (PIERRE VERDY / AFP)

Les hommages se multiplient à l'extrême droite de l'échiquier politique français après le suicide, mardi 21 mai, de l'essayiste Dominique Venner. Présenté comme "figure de l'extrême droite", "théoricien respecté'" et "père de l'extrême droite moderne", il apparaît pour une partie de son camp comme un symbole politique aux accents héroïques. 

"Les manifestants du 26 mai [contre le mariage des homosexuels] auront raison de crier leur impatience et leur colère", avait-il écrit dans un dernier billet de blog posté avant de se tirer une balle dans la bouche au plein milieu de la cathédrale Notre-Dame, alors remplie de visiteurs. Comment se manifeste la récupération de son message jusqu'alors qualifié de "radical" ? 

Un hommage public pour l'homme

Quelques heures après la mort de l'essayiste, peu connu du grand public, une centaine de militants et sympathisants d'extrême droite se sont rassemblés sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Chants militaires (ils ont entonné Les lansquenets et La cavalcade)dépôts de roses blanches au pied de la statue équestre de Charlemagne, flambeaux et drapeaux tricolores brandis, etc. La petite foule a tenu à lui rendre hommage, en lisant notamment l'intégralité de la note de blog qu'il a postée avant de se donner la mort. 

"Nous ignorons les motifs profonds de son geste", a déclaré un orateur, monté sur le piédestal de la statue. "Nous sommes ici pour rendre hommage à son dernier combat [...] Il a toujours défendu la France, belle, forte et fière d'elle-même", a-t-il ajouté. 

Du côté des figures politiques, Marine Le Pen a exprimé son "respect" à Dominique Venner sur Twitter, tout en soulignant un geste "éminemment politique" une tentative de "réveiller le peuple de France"

 

Interrogé sur i-Télé, le député FN Bruno Gollnisch confirme l'influence de l'essayiste sur la mouvance d'extrême droite et commence par s'"[incliner] devant sa mémoire parce qu'il a été un des intellectuels les plus brillants de notre temps."

Une mise en avant du geste

"Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies, avait-il assuré sur son blog. Je m'insurge contre la fatalité", "contre les poisons de l'âme" et "les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire", avait ajouté Dominique Venner.

Outre l'hommage rendu à l'homme, des sympathisants d'extrême droite ont salué son message, et surtout, ont légitimé sa méthode. "Puisse notre jeunesse française et européenne voir d’abord dans ton geste prométhéen, sacrilège, l’immense appel à la révolte radicale qu’il porte", a réagi le politologue proche de Philippe de Villiers, Aymeric Chauprade, dans un billet posté sur le site Nouvelles de France. "J’ai entendu ton appel, Dominique, et je ferai moi-même bientôt des choix forts", a promis ce dernier. 

Pour son éditeur, Pierre-Guillaume de Roux, interrogé par l'AFP, ce suicide "le rapproche de Mishima", l'écrivain japonais qui s'est donné la mort en 1970, prônant les valeurs des samouraïs et du Japon traditionnel.  Et si Jean-Marie Le Pen a noté que  "l'appel au combat en se flinguant n'a rien d'une évidence", explique  L'Express.fr, "Venner a voulu se poser, lui, l'idéologue passé par la Nouvelle Droite, en martyr de la civilisation blanche européenne", analyse le site de l'hebdomadaire. Mercredi, l'ancien patron du FN reconnaît toutefois sur Europe 1 "un geste de désespoir positif"

Mais la désapprobation de nombreux militants

Si les militants hostiles au mariage des homosexuels prônent, à l'instar de Venner, ce qu'ils définissent comme les valeurs de la famille, le mouvement (et particulièrement sa frange catholique) ne se reconnaît pas dans son ultime action. La "violence de son acte" va à l'encontre de de la Manif pour tous, un mouvement "tourné au contraire vers la vie". "Je suis très attristée de voir que des gens ont aussi mal compris", a regretté Frigide Barjot sur RTL.