Marche républicaine : la position ambigüe du Front national

La marche républicaine à Paris aura lieu sans le Front national. N'ayant pas été invitée, sa présidente, Marine Le Pen, a appelé à manifester en région. Une posture politique qui révèle les contradictions du parti.

(Marine Le Pen à la sortie de la consultation avec le président de la République après les attentats. © MaxPPP)

Marine Le Pen a finalement annoncé sa décision de manifester à Beaucaire dans le Gard ce dimanche, une ville gérée par le frontiste Julien Sanchez. La présidente du Front national a appelé samedi ses partisans à défiler en province et non à Paris, en réaction au refus du Parti Socialiste d'inviter le parti à participer à la marche dans la capitale. Entre désir de se fondre dans l'unité républicaine et la volonté de se démarquer des autres formations politiques, cette polémique illustre la position ambigüe du FN.

Ambiguïté du parti

D'un côté le Front National victime, ostracisé, de l'autre le Front national qui de toute façon n'a jamais voulu venir à ce rassemblement. Une position double que le vice-président du parti Louis Alliot assume : "Nous rendons hommage et nous participons à l'unité nationale, mais à notre manière puisque nous avons été exclus par les autres. Symboliquement les élus du FN défileront en province : Marine Le Pen a répondu à l'invitation du maire de Beaucaire, moi-même je serai à Perpignan et Florian Philippot à Metz."

 

Les frontistes ne défileront pas à part, mais au sein des rassemblement déjà organisés par de nombreuses villes. "Le rejet de la barbarie appartient à tous les Français" , a déclaré la présidente du FN.

 

A l'UMP, les leaders de droite se sont émus de l'exclusion du Front national, mais certains dénoncent la tentation de récupération politique, comme Daniel Fasquelle, député UMP du Pas-de-Calais : "On voit bien qu'elle essaie de tirer un profit de ce qui se passe. Marine Le Pen n'a pas besoin de bristol pour pouvoir venir, c'est tous les Français qui se rendront autour du président de la république et des chefs  d'Etat venus de partout en Europe. Ca doit être avant tout un moment d'union et de rassemblement."

 

François Hollande a coupé court à la polémique en déclarant que chacun pouvait venir à la manifestation s'il le souhaitait, mais Marine Le Pen a appelé ses partisans à défiler en région plutôt qu'à Paris.

 

Des dividendes électoraux espérés

 

Cette stratégie du FN est le signe d'une triple contradiction, constitutive du parti, selon le sociologue Michel Wieviorka : "Le Front National est un parti anti système, mais qui voudrait être respecté et donc faire partie du système. Deuxième contradiction : le FN c'est l'expression de sentiments anti musulmans et là il s'agit de disqualifier l'islam radical. Troisième problème, pour être respectable le parti ne doit surtout pas apparaître comme violent et donc il va lui falloir se situer par rapport à des actes de violences anti islam qu'il dira réprouver et qu'en même temps il ne pourra pas réellement réprouver."

 

La présidente du parti compte bien profiter de cette séquence. Les gains qu'elle peut espérer récupérer sont très importants, explique Joël Gombin, spécialiste universitaire de l'extrême-droite à Nanterre : "Je pense qu'elle va vouloir remodeler l'agenda politique et y mettre au centre la question de l'islamisme radical et au delà pour les mois et les années quoi viennent."

 

Une posture qui s'est vue dès les premières déclarations de Marine Le Pen après l'attentat, selon le chercheur. "Ce serait une réussite majeure si elle y parvient parce que la maitrise de l'agenda politique par le FN est un ressort essentiel de son succès" , ajoute-il.  

 

Retour aux fondamentaux du FN

 

La situation a également dévoilé la persistance du discours traditionnel du parti contre l'immigration et contre l'islam radical. "Nous revenons aux fondamentaux du FN, mais le parti n'a jamais coupé avec ses fondamentaux. Certes il y a eu quelques déclarations de Marine Le Pen qui sont allées dans le sens de la dédiabolisation et de la normalisation. Mais si on prend le programme du Front National, les deux piliers essentiels c'est l'immigration et l'insécurité. Le FN a beau jeu de revenir a ses fondamentaux, dont il escompte des dividendes électoraux et ça marche en période d'insécurité, d'attentat" , assure Sylvain Crépon, chercheur en politique à l'université de Tours.

 

Le FN doit-il manifester ce dimanche ? Le dessinateur Willem de Charlie Hebdo a une réponse tranchée sur la question : "Nous vomissons ceux qui subitement se disent être nos amis" .