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Les juges kiffent-ils les rappeurs ?

Deux semaines après la relaxe d'Orelsan, la cour d'appel de Paris a donné raison, jeudi, à un autre rappeur visé par une plainte, Youssoupha. Retour sur six procès emblématiques depuis 1995.

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Orelsan le 26 mai 2012 lors du festival Art Rock, à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor). (CYRIL FRIONNET / MAXPPP)

Ils ont une image de "bad boys" mais leur casier judiciaire en pâtit peu. Depuis le Ministère A.M.E.R. et NTM à la fin des années 1990, des rappeurs comparaissent régulièrement devant les tribunaux pour des paroles virulentes, mettant en cause la police, la France ou certaines de ses personnalités. Mais les condamnations restent rares. Nouvelle confirmation jeudi 28 juin : Youssoupha a été relaxé par la justice. Les juges sont-ils cléments envers les rappeurs et leurs textes ? FTVi revient sur les derniers procès marquants. 

• 2012 : Youssoupha relaxé

Les paroles contestées : "Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d'Eric Zemmour." Issue de l'album Sur les chemins du retour, cette phrase (à 1'50) a valu une plainte pour injure et diffamation de la part du chroniqueur de RTL, pour qui le rap est "une sous-culture d'analphabètes"

Le jugement : En première instance, le 26 octobre 2011, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Youssoupha à une peine d'amende de 800 euros avec sursis pour injure publique. Revirement en appel, le rappeur a été jugé "non coupable" jeudi 28 juin, car les propos poursuivis "n'excédaient pas les limites admissibles en matière de liberté d'expression artistique". A noter que la cour relève que le rap est "un style artistique permettant un recours possible à une certaine dose d'exagération".

• 2012 : Orelsan relaxé

Les paroles contestées : "Je vais te mettre en cloque (sale pute) et t'avorter à l'Opinel." C'est l'une des phrases choc (2'01) de la chanson Sale pute, diffusée sur internet en 2009. L'association Ni putes ni soumises a engagé des poursuites contre Orelsan pour "provocation au crime".

Le jugement : Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé le chanteur mardi 12 juin, conformément aux réquisitions du parquet. La procureure avait estimé qu'on "se trompait d'ennemi" et que les femmes battues n'étaient "pas victimes des propos d'un chanteur qui s'exprime dans le cadre de sa liberté d'expression artistique".

• 2010 : Hamé (La Rumeur) relaxé

Les propos contestés : "Les rapports du ministère de l'Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété." Pour un texte accompagnant l'album L'ombre sur la mesure, le rappeur Hamé, du groupe La Rumeur, est poursuivi en 2002 par le ministère de l'Intérieur pour diffamation envers la police nationale.

Le jugement : Après trois relaxes et un premier passage en cassation, Hamé est définitivement relaxé le 25 juin 2010 par la Cour de cassation, qui estime que "la cour d'appel de Versailles a déduit à bon droit que ces écrits, s'ils revêtaient un caractère injurieux, ne constituaient pas le délit de diffamation envers une administration publique".

2005 : Sniper relaxé

Les paroles contestées : "On est tous chauds, pour mission exterminer les ministres et les fachos" (0'33). Pour avoir chanté un morceau de leur album Du rire aux larmes lors d'un concert en 2004 à Rouen, le groupe a été visé par une plainte du ministère de l'Intérieur. Accusé d'avoir "incité à blesser et tuer les fonctionnaires de police et représentants de l'Etat", Sniper risquait jusqu'à cinq ans de prison et 45 000 euros d'amende. 

Le jugement : Dans son arrêt du 14 décembre 2005, la cour d'appel a considéré qu'il n'était "pas établi qu'il y ait eu intention d'inciter le public à commettre des actes portant atteinte à l'intégrité de personnes", selon TF1 News. La cour a ainsi confirmé le jugement de relaxe prononcé en première instance par le tribunal correctionnel de Rouen (Seine-Maritime). 

1997 : Suprême NTM condamné

Les propos contestés : "J'encule et je pisse sur la justice. La police, ce sont eux les fachos." Rapportés par Libération, ces mots ont été prononcés par Joey Starr (plusieurs fois condamné pour violences) et Kool Shen le 14 juillet 1995, lors d'un concert à la Seyne-sur-Mer (Var) organisé par SOS Racisme, avant d'entonner le morceau Police

Le jugement : Il s'agit alors d'une première en France : en novembre 1996, deux artistes sont condamnés pour "outrages" envers des policiers par le tribunal de grande instance de Toulon. Sanction : six mois de prison, dont trois ferme, et six mois d'interdiction de chanter sur le territoire français. En appel, en juin 1997, leur peine est réduite à deux mois avec sursis et 50 000 francs d'amende (environ 7 600 euros).

En 1996, Libération avait rappelé que d'autres "exemples d'irrévérence à l'égard de la maréchaussée" comme ceux de Pierre Perret, Georges Brassens ou Coluche "n'ont jamais été condamnés, tandis que Nique ta mère se voit infliger le maximum prévu par la loi"


• 1995 : Ministère A.M.E.R. condamné

Les paroles contestées : "Je dois sacrifier un poulet. (...) Pas de paix sans que le poulet repose en paix." La chanson Sacrifice de poulets dans son ensemble, présente sur la bande-originale du film La haine, vaut une poursuite de la part du ministère de l'Intérieur pour "provocation au meurtre".

Le jugement : Ministère A.M.E.R. est condamné en 1995 à 250 000 francs d'amende (environ 38 000 euros). Les membres du groupe, dont Doc Gyneco, Stomy Bugsy et Passi, se séparent à l'issue du procès, avant de se lancer dans des carrières solos. 

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