Info franceinfo Tentative de meurtre par des militaires de la DGSE : le commanditaire présumé mis en examen après ses aveux

Lors de ses auditions, l'un des protagonistes de l'affaire a par ailleurs affirmé avoir organisé la liquidation d'un homme qui tardait à payer ses dettes.

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Dans les locaux du siège parisien de la DGSE.  (MARTIN BUREAU / AFP)

Un incroyable dénouement. Un coach en entreprise a été mis en examen, mardi 2 février, pour complicité de tentative de meurtre en bande organisée, participation à une association de malfaiteurs, complicité de vol avec violences, complicité de destruction de bien appartenant à autrui et acquisition et détention d'arme de catégorie A. Il a été placé en détention provisoire. Il est soupçonné d'avoir voulu faire exécuter l'une de ses concurrentes l'été dernier. Un contrat pour quelque 50 000 euros... En garde à vue à la brigade criminelle de Paris, l'homme a reconnu avoir supervisé cette opération, selon des sources concordantes. Avant lui, deux autres hommes, soupçonnés d'être ses complices, ont également été mis en examen les 25 et 29 janvier. Eux aussi ont été placés en détention provisoire

L'assassinat avait échoué in extremis : les tueurs, recrutés parmi des membres de la DGSE, les services de renseignements extérieurs français, avaient été arrêtés par hasard par des policiers qui pensaient avoir affaire à des cambrioleurs. La tentative de meurtre remonte au 24 juillet dernier. Ce matin-là, vers 8h20, deux hommes en planque dans une Clio volée sont interpellés dans un quartier paisible de Créteil (Val-de-Marne), près de la Marne. Leur attitude suspecte (ils sont gantés et font semblant de dormir) a attiré l'attention d'un riverain.

Un peu de vrai et beaucoup de faux

Lors de la fouille, les policiers découvrent sur eux deux couteaux en dotation dans l'armée française et surtout un pistolet automatique de calibre 9 mm, chargé. L'affaire bascule dans une autre dimension lorsque, en route vers les locaux de la brigade criminelle, l'un des suspects confie appartenir à la DGSE, popularisée par la série Le Bureau des légendes. Et affirme être chargé par l'Etat de liquider une espionne du Mossad, le principal service secret israélien.

Dans tout cela, il y a un peu de vrai et beaucoup de faux. Le vrai d'abord : les deux hommes appartiennent bien à la DGSE, sous les pseudos d'Adelard et Dagomar. Ce ne sont pas à proprement parler des "agents" mais ils sont affectés à des tâches de surveillance de la base de Cercottes, près d'Orléans (Loiret), l'un des sanctuaires ultra-sécurisés du service action. Cependant, leur version d'une mission "homo" (pour homicide), validée par le ministère de la Défense, prend l'eau.

Il apparaît vite que les soldats ont été rémunérés et qu'ils ont probablement agi de leur propre initiative. Ils ont en effet été recrutés par deux hommes évoluant dans le secteur des sociétés de sécurité privée. A la manœuvre notamment, un spécialiste en faux documents, en congés de la DGSI, le service de renseignement intérieur. Tous les suspects tiennent, à quelques variantes près, le même discours : ils sont en charge d'une opération secrète pour l'Etat français. Une mission commandée par un homme mystérieux, surnommé "le Vieux", commanditaire dont ils sont censés ignorer l'identité. Ils n'en diront pas plus.

Cette version ne colle pas avec la personnalité de la cible, une cheffe d'entreprise, spécialiste de la formation individuelle de salariés : Marie-Hélène Dini. Agée de 54 ans, celle-ci tombe des nues. Elle n'a comme liens avec l'étranger que ses voyages touristiques. Ne se connaît pas d'ennemis mais seulement quelques concurrents dans le secteur.

Deux contrats pour intimider sa rivale 

Pendant six mois d'enquête, le cercle des opérationnels demeure étanche. Jusqu'au témoignage capital de la compagne de l'un des barbouzes présumés. Le 21 janvier, cette dernière évoque le rôle central d'un homme qui fait le lien entre les tueurs et le commanditaire. A la lumière de ses déclarations, se dessine un deuxième cercle, encore plus confidentiel que le premier : un petit groupe qui fréquente le milieu de la franc-maçonnerie à Puteaux (Hauts-de-Seine). Comme cet ancien policier de la DCRI (l'ancêtre de la DGSI), qui a créé sa société et bourlingue de temps à autre en Afrique. Celui-ci reconnaît avoir mis en œuvre deux contrats pour intimider Marie-Hélène Dini. Le premier consistait en une violente agression, en octobre 2019, déguisée en vol de sac. Et le second visait à la supprimer purement et simplement. En l'empoisonnant, en la pulvérisant dans une attaque à la bombe, en l'écrasant en voiture ou en la jetant d'un pont. C'est finalement la bonne vieille méthode de l'assassinat par balle qui, de sous-traitant en sous-traitant, aurait été retenue par les deux tueurs recrutés pour l'occasion au sein de la DGSE.

Le commanditaire présumé, personnage très en vue dans le petit milieu des formateurs en entreprise, est arrêté à son tour vendredi 29 janvier. Selon nos informations, il reconnaît dans un premier temps avoir demandé une "simple" mission de surveillance. Le mobile ? En créant, en 2019, un syndicat professionnel dont dépendront les labellisations, cette dernière risquait de le priver de revenus financiers. Mais ce n'est pas tout.

La piste d'un homicide ? 

L'enquête ouvre bien d'autres perspectives : lors de ses auditions, l'un des protagonistes affirme avoir organisé la liquidation d'un homme qui tardait à payer ses dettes. Le corps de la victime, abattue dans son garage, serait enterré quelque part dans une forêt francilienne. Une piste prise au sérieux par les enquêteurs, selon nos informations. 

Sollicitée ce mardi par France Télévisions, Marie-Hélène Dini ne cache pas son soulagement : "J'ai vécu au total 14 mois d'angoisse. Des traumatismes à répétition : j'ai été atteinte physiquement, puis suspectée et j'ai vu pendant des mois le doute dans le regard de nombreux interlocuteurs, y compris un assureur qui m'a refusé un prêt récemment. Sans parler de la peur au ventre à chacune de mes sorties. J'avoue ma complète incompréhension d'en arriver à cette limite alors même que le dialogue a toujours été ouvert de mon côté." L'avocat du coach, également sollicité par France Télévisions, n'a pas fait de commentaires.

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