Procès en appel de Francis Heaulme : Patrick Dils réaffirme son innocence

Il a purgé une peine de prison pendant quinze ans pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz, avant d'être acquitté. Il était à nouveau entendu lundi par la justice, en tant que témoin.

Patrick Dils en janvier 2006.
Patrick Dils en janvier 2006. (MEHDI FEDOUACH / AFP)

C’est une affaire à laquelle son nom est étroitement lié : Patrick Dils était entendu lundi 10 décembre dans le procès du double meurtre de Montigny-lès-Metz, deux enfants de huit ans tués en 1986.

Aujourd’hui, c’est le tueur multirécidiviste Francis Heaulme qui comparaît en appel à Versailles pour ce crime. Mais, pendant quinze ans, c’est lui, Patrick Dils, qui purgé une peine de prison pour ce meurtre, avant d’être acquitté en 2002. Un parcours qu'il a à nouveau décrit ce matin comme "pénible et douloureux". Ses proches ont d’ailleurs prévenu, avant le début de cette audition : il est épuisé, il veut tourner la page de Montigny-lès-Metz. Pourtant, à l'audience, on a vu un Patrick Dils plutôt combatif, entendu par visioconférence. 

Un mensonge qui a tout fait déraper

Avec, quand même, derrière cette assurance, le sentiment qu’aujourd’hui encore, il tient toujours à affirmer son innocence, seize ans après son acquittement. D’ailleurs, il l’a dit : "J’ai un casier vierge, mais on ne peut pas empêcher les gens de parler"Patrick Dils, 48 ans aujourd’hui, est revenu sur le soir du meurtre, ce 28 septembre 1986, et sur son mensonge qui fait tout déraper. L’adolescent qu’il est va chercher des timbres pour sa collection, dans une benne à ordures. Il cache ensuite aux enquêteurs être sorti : "J’étais quelqu’un d’extrêmement mal dans sa peau, je n’aurais pas voulu qu’on dise de moi que je faisais les poubelles", explique Patrick Dils. Aujourd’hui, il parle d’une réaction "stupide" et "aberrante". Vient ensuite la question de ses aveux. Il décrit sa garde à vue, "les va-et-vient des enquêteurs, le fait qu’ils fumaient, tapaient du poing sur la table. Imaginez que cela reprend pendant des heures et des heures. Il a fallu que je dise ce qu’ils voulaient entendre"

Le "procès d'un témoin"

Patrick Dils était entendu ce matin comme témoin, même si, à certains moments, comme en première instance, on a pu se demander s’il n’était pas redevenu l’accusé. Même l’avocat général l’a souligné : "J'ai le sentiment, à travers quelques questions, que l’on fait le procès d’un témoin". Le président, lui, a pris des gants, il le dit à Patrick Dils : "Je ne refais pas votre procès, j'ai besoin de comprendre." 

C’est surtout par les avocats que le témoin a été malmené. Une des familles de victimes ne croit pas en la piste Heaulme. Son avocat se tourne vers Patrick Dils : "La famille n’a jamais entendu de votre part des excuses pour les mensonges que vous avez pu faire, pendant quinze ans, elle a cru que le coupable était en détention. Encore aujourd’hui, elle se pose des questions !" Puis il interroge : "Pourquoi avoir donné tant de détails dans vos aveux ? D’habitude on avoue, on ne donne pas un récit aussi complet." Patrick Dils rétorque alors :  "Ça ne leur suffisait pas, il fallait donner des explications."

L'abandon d'autres pistes

Échange tendu, aussi, avec l’avocate de Francis Heaulme qui conclut : "Je vais me permettre un petit reproche : ces histoires d’aveux, ça a quand même eu un effet désastreux pour beaucoup de monde. Les policiers ont abandonné d’autres pistes."  Réponse de Patrick Dils : "J’ai perdu quinze ans de ma vie pour ça." Lui aussi dit regretter, comme toutes les parties, la destruction des scellés en 1995, et avec eux les traces ADN qui auraient pu, selon ses mots "l’innocenter définitivement".