Les femmes paient plus cher que les hommes certains produits du quotidien

Un collectif féministe dénonce, exemples à l'appui, des différences de prix injustifiées qui existent en France entre certains produits dédiés aux femmes et aux hommes.

Des produits de soin dans le rayon hygiène d\'un supermarché, le 19 novembre 2009.
Des produits de soin dans le rayon hygiène d'un supermarché, le 19 novembre 2009. ( MAXPPP)

Les Françaises paient-elles une taxe invisible sur des produits du quotidien ? C'est ce que dénonce le collectif féministe les Georgette Sand, dont la pétition pour mettre fin aux différences de prix entre produits pour hommes et pour femmes a recueilli près de 20 000 signatures. Et attiré l'attention de la secrétaire d'Etat chargée des Droits des femmes, Pascale Boistard, qui promet, lundi 3 novembre dans Le Parisien (lien abonnés), de s'emparer du sujet. Après les polémiques sur l'existence même de certains produits "pour femmes", le marketing genré est une nouvelle fois remis en cause. Retour sur les trois questions posées par cette polémique.

Pourquoi parle-t-on de "taxe sur les femmes" ?

C'est un phénomène qui ne date pas d'hier, mais que personne en France ne semblait avoir remarqué : au quotidien, les femmes paient plus cher que les hommes pour des produits ou des services similaires. C'est ce que les féministes américaines appellent la "woman Tax", la taxe sur les femmes.

Un collectif féministe, les Georgette Sand, a décidé de mettre en avant cette discrimination en répertoriant ces différences de prix. Géraldine Franck, la première à avoir mené l'enquête, raconte au Parisien sa surprise devant l'ampleur du phénomène : "On savait qu’on trouverait des différences… Mais pas autant et pas si rapidement. En trois heures de balade dans mon quartier, j’avais déjà pris une quinzaine de photos éloquentes…"

Sur quels produits constate-t-on une différence ?

L'écart le plus flagrant est celui pratiqué par les coiffeurs, où, pour un shampooing et une coupe, une femme paie en moyenne 38 euros contre 24 pour un homme, constate Le Parisien. Pourtant, rappellent les Georgette Sand, tous les hommes n'ont pas les cheveux courts et toutes les femmes n'ont pas les cheveux longs.

Le collectif répertorie les exemples de la "woman Tax" sur un blog, et montre qu'on retrouve cet écart sur des produits plus inattendus, comme ces sacs à dos de taille identique dont la version "pour femmes" coûte 5 euros de plus. Autre produit emblématique, le rasoir jetable : le lot de 10 rasoirs pour hommes est moins cher que celui de cinq pour femme. Une différence d'autant plus difficile à détecter que des enseignes comme Monoprix placent les deux produits dans des rayons différents, dénonce le collectif féministe. 

Et ces petites différences finissent par coûter cher. Le Parisien cite une étude du magazine Forbes qui chiffrait à 1 100 euros par an, aux Etats-Unis, le montant de la "woman Tax". Le journal explique que l'Etat de Californie a même interdit cette différence de prix genrée.

Que répondent les marques incriminées ?

Dans sa réponse à la pétition, le groupe Monoprix se défend de toute discrimination sur l'exemple des rasoirs jetables. Selon l'enseigne, les rasoirs pour hommes se vendent dans des volumes "largement supérieurs", permettant de les acheter moins cher auprès des fournisseurs. De plus, la composition du modèle pour femme induirait "un surcoût de fabrication". Monoprix explique que, pour les mêmes raisons, les hommes paient plus cher que les femmes certains produits, comme les déodorants ou les rasoirs à trois lames. 

Interrogé par Le Parisien, le professeur de marketing Bruno Belbézier avance une explication plus cynique : "Le rôle du marketing n’est pas de faire évoluer la société vers plus d’égalité, mais bien de faire gagner de l’argent à l’entreprise. Pourquoi vendre 1 euro ce que l’on peut vendre 1,50 euro ?" Selon lui, les prix sont plus élevés, car les entreprises estiment que les femmes sont prêtes à payer plus cher pour ces produits, souvent liés à l'apparence. Mais le pouvoir de changer ces pratiques est, selon lui, dans les mains du consommateur : "Il peut comparer, et décider de cesser de se faire avoir." Car si les ventes baissent, les marques seront forcées de changer leurs pratiques.

Face à cette situation, la secrétaire d'Etat aux Droits des femmes annonce que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes va être mandatée pour répertorier les exemples et les causes de ce phénomène.