"Ce que veulent ces femmes, c'est l'épanouissement total de leurs droits" : des Saoudiennes protestent contre le port de l'abaya

Avec le hashtag #insideoutabaya, pour "abaya à l'envers", les Saoudiennes dénoncent l'obligation de porter ce vêtement noir qui couvre presque totalement le corps.

Des femmes portant l\'abaya, à Dubaï, en 2006.
Des femmes portant l'abaya, à Dubaï, en 2006. (RABIH MOGHRABI / AFP)

C'est un mouvement symbolique mais aux racines très profondes. Depuis quelques jours, de nombreuses femmes saoudiennes postent des photos d'elles sur les réseaux sociaux en utilisant le hashtag "abaya à l'envers", pour dénoncer le port de ce vêtement noir, qui couvre pratiquement la totalité du corps et qu'elles doivent porter quand elles sont en public.

Des déclarations du prince héritier, mais aucune décision officielle 

En mars dernier, le prince héritier Mohammed ben Salmane a déclaré que le port de l'abaya n'était pas obligatoire dans l'islam. "Il est entièrement laissé à la femme de décider quel type d'habillement décent et respectueux elle va porter". Mais dans la pratique, rien n'a changé sur ce point en Arabie saoudite et aucune décision officielle à ce sujet n'a été publiée. Alors les Saoudiennes se rebellent et utilisent les réseaux sociaux pour faire entendre leur colère.

"Il s'agit d'un mouvement de fond", explique Fatiha Dazi-Héni, auteure de l'Arabie Saoudite en 100 questions. "Ce que veulent ces femmes, c'est l'épanouissement total de leurs droits", ajoute-t-elle.

Avec cette nouvelle forme de protestation, ces Saoudiennes veulent faire abolir l'obligation de porter l'abaya, une vieille tradition qu'elles tentent chaque jour de contourner. "J'ai constaté en allant en Arabie Saoudite que beaucoup de femmes maintenant portaient une sorte de kaftan à la Marocaine, ce joli manteau brodé, coloré, tout ça pour ne pas porter l'habit noir de rigueur", note Fatiha Dazi-Héni.

La tutelle masculine, dogme abolu du royaume

Des femmes autorisées depuis quelques mois à peine à conduire ou encore à aller applaudir leurs équipes dans les stades. Des avancées initiées par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Mais problème, "avec ce prince, il faut savoir où sont les lignes rouges", souligne Fatiha Dazi-Héni. "Il a été en faveur de la conduite des femmes et puis au printemps dernier il a emprisonné certaines militantes féministes qui étaient pourtant en accord avec lui mais qui voulaient aller au-delà de la tutelle masculine", analyse-t-elle.

La tutelle masculine, dogme absolu dans ce royaume ultra-conservateur, permet notamment aux hommes d'exercer une autorité arbitraire pour prendre des décisions au nom des femmes de leur famille et affecte donc tous les aspects de la vie des femmes saoudiennes. 

Les Saoudiennes se rebellent contre le port de l'abaya - Le reportage d'Omar Ouahmane
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