"Elles ont toutes une hâte, c'est d'avoir leur permis" : en Arabie saoudite, les femmes sont désormais autorisées à conduire

La levée de l'interdiction de conduire en Arabie saoudite, entrée en vigueur le 24 juin, autorise les femmes à conduire des voitures, mais aussi des camions et des motos. 

Elena Bukaryeva, 39 ans, instructrice de moto (à gauche), se tient à côté d\'une élève sur le circuit du Bikers Skills Institute, à Riyad (Arabie saoudite).
Elena Bukaryeva, 39 ans, instructrice de moto (à gauche), se tient à côté d'une élève sur le circuit du Bikers Skills Institute, à Riyad (Arabie saoudite). (BIKERS SKILLS INSTITUTE / TOUS DROITS RÉSERVÉS)

C'est une révolution. En Arabie saoudite, les femmes disposant d’un permis de conduire peuvent librement prendre le volant à partir de dimanche 24 juin, après des décennies d’interdiction. Les femmes pourront conduire des voitures, mais aussi des camions et des motos. Des Saoudiennes sur de grosses cylindrées, faisant rugir le moteur de leur moto, cela aurait été inimaginable il y a seulement un an. Mais très bientôt, les femmes pourront enfourcher leurs propres engins et goûter au plaisir grisant de chatouiller le bitume.

"C'est la liberté absolue" 

Et elles s’y entraînent déjà. Des passionnées, pour qui la levée de l’interdiction de conduire offre une opportunité inédite. "On a six élèves femmes, avec qui l’on a des sessions toutes les semaines pour maintenir leur niveau jusqu’à ce qu’elles obtiennent leur permis moto", explique à franceinfo Elena Bukaryeva, une instructrice ukrainienne de moto au Bikers Skills Institute.

Ce centre, qui a été fondé à Riyad par le mari saoudien d'Elena, propose une formation aux femmes depuis février pour enseigner la conduite et la mécanique de base de la moto. Sa devise : "A toi de monter."

"Certaines de ces femmes roulent en moto depuis des années, mais en passagère derrière leurs maris, d’autres ont déjà roulé à l’étranger, explique Elena Bukaryeva. Elles ont toutes seulement une hâte, c’est d’avoir leur permis et de prendre la route", ajoute-t-elle. 

Elena Bukaryeva, 39 ans, au volant de sa Harley Davidson. 
Elena Bukaryeva, 39 ans, au volant de sa Harley Davidson.  (TOUS DROITS RÉSERVÉS)

"La moto est une passion depuis mon enfance", explique une de ses étudiantes saoudienne de 31 ans, à l'AFP, mais qui préfère taire son identité et se présente sous le prénom de Noura. "J'ai grandi en voyant ma famille faire de la moto. J'espère (...) pouvoir en faire dans la rue", explique-t-elle au volant d'une Yamaha Virago.

Elena, elle, a la conduite dans la peau : elle a appris à conduire une voiture dès l’âge de 11 ans ! Mais ce qui l'a fait vraiment vibrer, ce sont les motos. Cela fait plus de dix ans maintenant qu’elle maîtrise les cylindrées. 

Conduire une moto, le vent dans le visage… c’est indescriptible. Il faut en faire pour le ressentir, mais c’est la liberté absolue.Elena Bukaryevaà franceinfo

Elena trépigne elle aussi de pouvoir prendre la route. Avant qu'elle n'emménage en Arabie saoudite, il y a quatre ans, elle pouvait conduire librement sa Harley Davidson sur les routes de Dubaï, où elle a vécu pendant onze ans. Depuis, elle doit se contenter du circuit de l'école de conduite qu'elle gère avec son mari. Les routes lui étaient interdites.

Des abayas pour conduire  

Dans l'enceinte de l'institut privé où elles apprennent à conduire, les femmes portent des jeans moulants avec des genouillères résistant aux chocs. Mais dans la rue, seront-elles obligées de revêtir l'abaya, longue robe réglementaire ? Une tenue qui n'est vraiment pas adaptée à la moto, avec le risque que le bas du vêtement se coince dans une roue. Eman Joharjy, une styliste saoudienne, a peut-être trouvé la solution. Elle propose déjà des abayas adaptées à la pratique du vélo, qui pourraient servir à la moto.

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Le 20 juin, en amont de la levée d’interdiction de conduire, elle a lancé une collection d’abayas confortables et flexibles pour la conduite, "un peu raccourcies en bas, pour ne pas s’emmêler les pieds dans le tissu alors qu’il faut appuyer sur les pédales", explique-t-elle à franceinfo. Eman a déjà un permis international, mais va attendre un peu avant d’obtenir ses papiers saoudiens. "Tout le monde se précipite en ce moment", décrit-elle. Et pour cause, "c’est tellement important que les femmes puissent aller seules où bon leur plaît... Il était temps."