Mais qui veut déboulonner les pylônes électriques ?

Des boulons ont été envoyés à plusieurs préfectures et rédactions du Vaucluse, du Gard, de la Drôme et des Bouches-du-Rhône. Les antinucléaires s'en prennent-ils au pylônes ?

Vue d\'un parc de pylônes électriques à haute tension à Baixas, à côté des Pyrénées, le 15 février 2012.
Vue d'un parc de pylônes électriques à haute tension à Baixas, à côté des Pyrénées, le 15 février 2012. (MAXPPP)

L'action n'a pas été revendiquée. Des inconnus ont envoyé des boulons à plusieurs préfectures du sud de la France, révèle France Info, mercredi 7 août. Les boulons de douze centimètres sur quatre proviennent vraisemblablement de pylônes électriques à très haute tension. Ils sont parvenus dans des sachets en plastique dans les préfectures du Vaucluse, du Gard, de la Drôme et des Bouches-du-Rhône, ainsi que dans plusieurs rédactions de radios et journaux, notamment France Bleu, Midi Libre et le Dauphiné Libéré, comme le montre cette vidéo publiée par France 3 Languedoc-Roussillon :

"Pour l'instant, on ne sait pas vraiment si ces pièces ont été déboulonnées ou s'il s'agit de boulons neufs", a précisé le réseau de transport d'électricité (RTE). Si les pylônes ont été déboulonnés, cela peut les fragiliser, et entraîner un risque de chute de câbles. Francetv info fait le point sur ces menaces. 

Que veulent les auteurs des courriers ? 

Le quotidien Midi Libre, qui a reçu une enveloppe, estime que les expéditeurs sont des antinucléaires. Les auteurs des courriers ont en tout cas justifié leur action dans un mot glissé à l'intérieur des sachets, dont voici un extrait : "Parce que le nucléaire n'est pas plus sûr qu'il n'est transparent, nous déboulonnons et nous déboulonnerons les pylônes TGT."

Le site de France Bleu, qui publie une photo, ajoute que selon le mot, les possibles déboulonneurs auraient agi "par solidarité avec les victimes civiles et militaires de la dictature du nucléaire". Par ailleurs, les colis ont été receptionnés mardi 6 août, jour anniversaire du bombardement atomique de la ville japonaise d'Hiroshima, en 1945.

Selon les auteurs des missives, un "rapport des renseignements généraux adressé à EDF en 1983" stipule que "la situation risque d'être grave, car si l'on peut protéger les centrales nucléaires par des barbelés et des pelotons de CRS, ce n'est pas le cas des pylônes".

Est-ce dangereux ?

L'affaire est prise "très au sérieux" par RTE, selon France Bleu. Le chef de cabinet du préfet du Gard, cité par Midi Libre, a confirmé que "ces boulons [étaient] bien utilisés sur des installations à très haute tension". D'après lui, le risque est de conduire à une rupture de ligne, "mais si l'on perd une ligne, il existe bien sûr des systèmes de dérivation et de rebouclage"

La filiale d'EDF a donc chargé des équipes d'aller contrôler de manière visuelle et sécuriser "les lignes stratégiques". Un travail fastidieux car "dans le seul Vaucluse, il y a plus de 300 pylônes, THT (à haute tension) et chaque pylône a entre 600 et 900 boulons", a expliqué à France Bleu Catherine Grévèl Dinger, directrice régionale de RTE Sud Est. Elle relève qu'il y a un risque de chute des pylônes, qu'un câble ou un conducteur pourrait aussi tomber au sol, sans compter les risques d'incendie ou de "sécurité des personnes".

Pour Guillaume Vermorel, ingénieur et porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) en Ardèche, "EDF n'a jamais évalué les risques liés au terrorisme ou au vandalisme même dernièrement, après que 29 militants pacifistes de Greenpeace se sont introduits sur les bâtiments des réacteurs 1 et 3 [de la centrale du Tricastin] en moins de 25 minutes". "Si un pylône s'effondre, il faut arrêter en urgence le réacteur nucléaire car la ligne THT - 225 000 Volts - ne peut plus évacuer le courant électrique", a-t-il précisé, ajoutant que ce type d'arrêt d'urgence était déjà survenu en mars 2013, à la suite d'un défaut d'isolement au Tricastin.