Combien de Français parlent vraiment une langue régionale ?

François Hollande s'est engagé à faire reconnaître les langues régionales à travers une loi constitutionnelle. Mais si ce projet reçoit l'adhésion d'une majorité de Français, le recul de ces langues sur le terrain est indéniable. 

Des centaines de personnes défilent à Carcassonne (Aude), pour défendre l\'apprentissage de l\'occitan, en 2009.
Des centaines de personnes défilent à Carcassonne (Aude), pour défendre l'apprentissage de l'occitan, en 2009. (MAXPPP)

Les Français plébiscitent les langues régionales. Un sondage paru dimanche 14 juin révèle que sept personnes interrogées sur dix sont favorables à leur reconnaissance officielle. Pendant la campagne présidentielle, François Hollande s'est engagé à signer la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Ce texte a été rejeté dans les années 1990 par le Conseil constitutionnel, mais le président de la République a ordonné le dépôt d'un projet de loi constitutionnelle permettant la ratification de cette charte. 

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Cette démarche officielle intervient à un moment où les langues régionales sont en perte de vitesse. Dans un rapport remis au ministère de la Culture en 2013, le Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne déplore "un déclin général en France métropolitaine". Combien de Français pratiquent encore une langue régionale ? Sont-elles en perte de vitesse ? Eléments de réponse.

Le créole, langue régionale la plus parlée en France

La France (outre-mer inclus) compte une grande variété de langues régionales, dont certaines ne sont parlées que dans un ou deux départements (comme le basque ou le catalan).

Au nord d'un axe Bordeaux-Clermont-Ferrand-Grenoble, les langues d’oïl (picard, chtimi, lorrain roman, normand, gallo de Bretagne, vendéen, bourbonnais...). Au sud, la langue d'oc (l’occitan et ses variétés : nissart, provençal, languedocien, rouergat, limousin, gascon...). Et aux bordures du pays, diverses langues, comme le flamand, le corse ou le franco-provençal. Sans compter le créole, en outre-mer.

Carte datant de 2013 représentant la répartition des langues régionales en France métropolitaine. 
Carte datant de 2013 représentant la répartition des langues régionales en France métropolitaine.  (MINISTERE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION)

Concernant la répartition du nombre de locuteurs maîtrisant une langue régionale, le ministère reconnaît "une connaissance imparfaite" de ces pratiques. Les données les plus précises remontent à 1999, lors du grand recensement. L'Institut national d'études démographiques (Ined) a publié en 2002 une étude d'ampleur à partir des données recueillies. Elle permet d'évaluer le nombre de locuteurs réguliers et occasionnels, par langue. En voici les conclusions.

En 1999, le créole (à base française) est la langue régionale la plus utilisée, avec 2,5 millions de locuteurs. Suivent les diverses langues d'oïl et d'oc (plus d'un million chacune), puis l'alsacien, qui a la particularité d'être pratiqué régulièrement par plus des trois quarts des gens qui le maîtrisent. Le flamand et le basque ferment la marche.

Une forte érosion "en une génération"

Déjà, au tournant des années 2000, l'Ined constate "une érosion des langues en une génération". L'outil pour mesurer cette perte d'attractivité, inscrit dans ce document (en PDF), est "la proportion de pères qui n’ont pas parlé habituellement à leurs enfants de 5 ans la langue que leur propre père leur parlait habituellement à cet âge". Le franco-provençal est la langue la plus atteinte : neuf fois sur dix, cette transmission familiale n'existe pas. L'alsacien résiste le mieux, avec un peu plus de 40% des pères qui déclarent apprendre le dialecte à leur enfant.

Dix ans plus tard, une autre étude de l'Ined, de moindre ampleur, rend compte de cette baisse de la pratique. L'enquête "Information et vie quotidienne" réalisée en 2011 révèle que "86% des personnes interrogées parlent exclusivement le français, alors qu'elles n'étaient que 74% à le parler dans leur enfance. Parmi les personnes nées ou élevées en métropole, ce chiffre atteint 93%."

La perte de vitesse des langues régionales est d'autant plus difficile à évaluer qu'elle est variable selon les langues et selon l'interprétation que les gens ont de leur usage. En Corse, par exemple, "quelque 90 000 personnes, soit 45% de la population adulte de l'île, déclarent s'exprimer en corse avec des proches, selon une étude locale de l'Insee datant de 2004, relayée par France 3 Alsace. Mais selon le collectif Parlemu corsu, "s'il y a 50 000 personnes qui parlent bien le corse, au quotidien, cela serait déjà bien". Entre le déclaratif et la pratique réelle, il y a un écart qu'il est impossible de quantifier avec précision.

L'enseignement ne parvient pas à combler le recul

La tendance à la baisse semble néanmoins toucher toutes les langues, y compris celles dont la vitalité est la plus forte. Une étude réalisée à l’initiative de l’Office pour la langue et la culture d’Alsace fait état d’un recul marqué du dialecte alsacien, alors même que cette région se définit comme bilingue et de double culture. "Cette étude estime à 42% le nombre d’habitants qui 'parlent' aujourd’hui l’alsacien, alors que le recensement de 1999 avait comptabilisé 62% d’habitants qui 'maîtrisaient' le dialecte alsacien", selon le ministère.

L’Office public de la langue basque parvient au même constat : le pourcentage de bilingues diminue, de 22,5% en 2006 à 21,4% en 2011. Idem enfin pour la langue catalane : selon l’Association pour l’enseignement du catalan, 3 000 locuteurs de catalan disparaissent chaque année dans le département des Pyrénées-Orientales, "tandis que l’enseignement n’en formerait que 300".