Fondation pour la mémoire de l'esclavage : "C'est important de connaître d'où l'on vient", estime son futur président Jean-Marc Ayrault

L'ancien Premier ministre a estimé samedi sur franceinfo qu'il y a eu "pendant des décennies une occultation de cette histoire qui reste comme une blessure".

L\'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault à Paris, le 18 avril 2018.
L'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault à Paris, le 18 avril 2018. (JOEL SAGET / AFP)

Jean-Marc Ayrault présidera la Fondation pour la mémoire de l'esclavage. Le président Emmanuel Macron a annoncé sa création pour 2018 vendredi à l'occasion du 170e anniversaire de l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Pour l'ancien Premier ministre "il y a eu pendant des décennies une occultation de cette histoire qui reste comme une blessure" car "c'est important de connaître d'où l'on vient".

franceinfo : Quelles seront concrètement les missions de cette Fondation ?

Jean-Marc Ayrault : D'abord il y a tenter de comprendre. Il y a beaucoup de gens qui sont marqués par cette histoire, qui n'a jamais vraiment été expliquée, et qui en ont besoin car c'est important de connaître d'où l'on vient. Or il y a eu pendant des décennies une occultation de cette histoire qui reste comme une blessure, comme un malaise. Il ne s'agit pas de chercher à culpabiliser ou à diviser, mais la connaissance de cette histoire doit permettre de rendre les Français plus forts ensemble. Et il y a aussi une dimension internationale. Il s'agit de créer un pont entre la France, l'Europe, l'Afrique, les Amériques, et l'Océan indien, et réaliser ce vœux qu'Edouard Glissant avait exprimé quand il avait été mandaté par Jacques Chirac sur ces mêmes questions, pour travailler à une mémoire délivrée, pour ne pas rester "esclave de l'esclavage" comme il disait.

Jacques Chirac a reconnu le premier la responsabilité française dans la Rafle du Vél' d'Hiv'. Sur l'esclavage la France a-t-elle trop tardé à reconnaître ce terrible passé ?

Quand on tourne une page, et qu'on ne veut pas voir ce qu'il s'est passé avant, ce sont des blessures qui demeurent et qui ressortent toujours de façon violente ou désespérée, et qui contribuent à diviser. Comme maire de Nantes (Loire-Atlantique) j'avais travaillé sur cette question et aujourd'hui c'est une question abordée avec une grande facilité dans les écoles, qui donne lieu à de nombreuses manifestations, à des rassemblements, et qui nous a aidés à créer ce pont avec l'Afrique et les Amériques. Nantes est fière d'avoir abordé cette page de cette histoire. On ne le fait pas par nostalgie mais pour traiter des questions contemporaines comme les inégalités, les discriminations et l'esclavage contemporain encore aujourd'hui.

Cette pédagogie est-elle encore plus importante dans la France d'aujourd'hui, aux prises avec les questions identitaires ?

Il faut absolument que dans les programmes scolaires que cette histoire soit effectivement enseignée, c'est en partie fait, à l'école primaire, au collège, mais cela doit être fait davantage. Il faut aussi que la recherche soit encouragée. Il y a des travaux de recherche qui sont effectivement très nombreux mais encore faut-il leur apporter davantage d'éclairage, et de mise en valeur. Il y a tout un travail qui doit être fait aussi sur ce que cette histoire nous donne en héritage. Il y a eu l'abolition en 1848, il y avait eu une première abolition sous la Révolution française mais qui a été abrogée par Bonaparte, mais il y a eu aussi la lutte des esclaves pour leur liberté qu'il faut rappeler, et puis il y a l'héritage culturel qui est notre bien commun et qui est au fond une richesse collective.