Reste à charge zéro pour les prothèses dentaires : on va "offrir un maximum de prothèses au détriment de la qualité"

Lionel Marslen, président de la Fédération des prothésistes artisans du dentaire, a expliqué craindre "une recherche de rentabilité maximale", alors que deux syndicats du secteur se sont prononcés en faveur d'une nouvelle convention avec l'Assurance maladie.

Un dentiste observe les dents d\'une patiente.
Un dentiste observe les dents d'une patiente. (MAXPPP)

Deux syndicats de dentistes se sont prononcés en faveur d'une nouvelle convention avec l'Assurance maladie, ouvrant la voie au remboursement intégral de certaines prothèses dans le cadre du "reste à charge zéro" promis par Emmanuel Macron. Le premier syndicat du secteur, lui, n'a pas donné son feu vert et refuse de signer cette convention, dénonçant un risque de prothèses "bas de gamme". Lionel Marslen, président de la Fédération des prothésistes artisans du dentaire, interrogé samedi 2 juin sur franceinfo, partage les mêmes inquiétudes. Selon lui, on va "offrir un maximum de prothèses au détriment de la qualité".

franceinfo : La Fédération des syndicats dentaires libéraux explique que les patients auront des prothèses de mauvaise qualité. Son président dit même que les patients bénéficieront d'une "céramique de lavabo". Que lui répondez-vous ?

Lionel Marslen : Il a tout à fait raison. C'est aussi ce que l'on craint. On craint une recherche de rentabilité maximale sur les paniers reste à charge zéro et les paniers maîtrisés. Le panier zéro, clairement, c'est la prothèse de qualité CMU pour tous les assurés. On est face à cette problématique d'offrir un maximum de prothèses au détriment de la qualité.

Le premier panier dont vous parlez comprend des couronnes destinées aux dents de devant en céramique et des molaires en métal. Le retour au métal, est-ce un bond en arrière ?

Oui. C'est un produit bas de gamme, que l'on utilise aujourd'hui pour des prothèses de CMU.

Si cette mesure peut faire venir plus de patients dans les cabinets, rendre les soins dentaires accessibles à davantage de Français, ce n'est pas positif ?

Le soin dentaire est pris en charge à 100%. Ce qui n'est pas pris en charge à 100%, c'est la prothèse. Elle est malheureusement trop chère pour certains parce qu'elle n'est simplement pas bien prise en charge par la Sécurité sociale et les mutuelles. La prothèse est une production qui demande du temps, du savoir-faire, de l'humain, tout ça a un coût. C'est un investissement une prothèse dentaire, ce n'est pas un produit de grande consommation. C'est un investissement qui, s'il est bien réalisé, va durer des années et s'il est mal réalisé, ne protègera pas aussi bien et sera même responsable de dégâts sur les autres dents ou même sur votre santé.