"On va rester suspendus dix ans ?" : la question de la réintégration des soignants de nouveau soumise à l'avis des autorités médicales

Le ministre de la Santé a indiqué dimanche attendre deux nouveaux avis, dont celui de la Haute Autorité de Santé, avant de statuer sur un retour ou non de ces personnels. Selon leur syndicat, près d'un millier d'infirmières et infirmiers ne sont pas vaccinés contre le Covid-19. 

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Une infirmière revêtit un équipement de protection avant d'entrer dans la chambre d'un patient atteint du Covid-19 dans le service de soins intensifs de l'hôpital européen Georges Pompidou de Paris, le 6 avril 2021. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Cela fera bientôt un an que Corinne, infirmière depuis 20 ans, n'a plus remis les pieds dans son service au CHU de Guadeloupe. Privée de salaire, elle doit parfois se serrer la ceinture. Peu importe, elle ne se fera pas vacciner contre le Covid-19 : "Je suis un être humain et j'entends qu'on respecte mes choix, c'est tout. Je ne le prendrai pas. Il y a toujours un risque, potentiellement."

"Qu'on me fournisse la notice pour me dire ce qu'il y a dedans. Et puis, excusez-moi, je n'ai peut être pas envie que Pfizer gagne des millions sur mon dos, pour ne pas dire des milliards."

Corinne, infirmière

à franceinfo

"Ça fait plus d'un an de suspension. Ça veut dire quoi? On va rester dix ans suspendu, alors ?", interroge l'infirmière. Suspendue mais pas licenciée, Corinne ne touche ni salaire ni chômage. Les soignants non-vaccinés comme elle n'ont, pour le moment, aucun horizon pour une possible réintégration. Le ministre de la Santé a dit attendre, dimanche 20 novembre, les avis de la Haute Autorité de Santé (HAS)  - qui s'était déjà prononcée contre la réintégration en juillet dernier - et du comité consultatif national d'éthique avant de se prononcer. 

"Un impératif moral et déontologique"

"C'est une aberration", estime Corinne, d'empêcher ces infirmières, aide-soignants et médecins de travailler avec la pénurie de personnel dans les hôpitaux. Un faux argument, balaie pour sa part Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers : "Ça concerne un petit millier d'infirmières sur les 700 000 qui sont en exercice. Se vacciner pour protéger ces patients fragiles, c'est un impératif moral et déontologique."

"Un soignant hostile à la vaccination, c'est pour nous une erreur de casting. Il vaut mieux qu'ils se reconvertissent dans d'autres métiers". 

Thierry Amouroux (Syndicat national des personnels infirmiers)

à franceinfo

Le docteur Rachel Bocher, psychiatre au CHU de Nantes, s'interroge, elle, sur les deux avis attendus par le gouvernement. La présidente de L'intersyndicale nationale des praticiens hospitaliers rappelle que la HAS s'est prononcée contre l'été dernier : "Cette question de la réintégration des soignants non-vaccinés a été à différentes reprises posée et au niveau des institutionnels marquants de notre système de santé, quels sont les éléments supplémentaires qui sont arrivés pour qu'on se pose à nouveau la question ? On est dans une situation qui est, quand même, très fragile au sein des hôpitaux. Est-ce qu'on ne prend pas un risque supplémentaire avec des soignants qui ne sont pas protégés?" 

Selon le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, la majorité des soignants vaccinés sont défavorables à cette réintégration. Pour le ministre de la Santé, il s'agit à la fois d'un enjeu "de sécurité sanitaire" et "d'un problème d'éthique" par rapport au soignants qui ont accepté de se faire vacciner au plus fort de la crise du Covid-19 et "tenu la ligne", estime Jean-François Braun. La France reste parmi les derniers pays européens à maintenir l'obligation vaccinale pour les soignants.

Près d'un millier d'infirmiers non-vaccinés sont toujours suspendus : le reportage de Sandrine Etoa-Endegue
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