À vrai dire. En Grande-Bretagne, le Brexit a-t-il vraiment accéléré l'arrivée du vaccin anti-Covid ?

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Article rédigé par
Antoine Fonteneau - TV5MONDE
France Télévisions

Le Royaume-Uni a été le premier pays européen à lancer sa campagne de vaccination contre la Covid-19. Au même moment, une autre campagne, de désinformation celle-là, affirme que c'est grâce au Brexit que les Britanniques font la course en tête. La réalité est un peu différente.

C'est une anglaise de 90 ans qui est la première en Europe à avoir été vaccinée, mardi 8 décembre 2020. Des membres du gouvernement britannique ont affirmé qu'il s'agissait là d'un des premiers effets du Brexit. 

"Nous avons pu approuver ce vaccin aussi rapidement uniquement parce que nous avons quitté l'UE " affirmait sur Twitter le ministre des Relations avec le parlement.

Une affirmation relayée par le ministre de la Santé, Matt Hancock, en personne : "Grâce au Brexit nous avons pu prendre une décision […] fondée sur le régulateur britannique, […] et non au rythme des Européens, qui avancent un peu plus lentement."

Ces deux déclarations sont fausses.

Jusqu'à la fin de cette année 2020, le Royaume-Uni reste soumis aux règles de l'Union Européenne. C'est la période dite de transition post-Brexit. Aucun changement n'a encore eu lieu.

Guillaume Roty, porte-parole de la Commission européenne en France explique que, "comme le Royaume-Uni, dans cette période de transition, s'est engagé à respecter toutes les règles européennes, ça comprend aussi les règles communes de surveillance des médicaments et des vaccins et de mise sur le marché en commun de ces médicaments. Et donc, le Royaume-Uni doit respecter la procédure européenne pour autoriser, valider et mettre sur le marché un médicament."

Concernant le vaccin anti-Covid, les autorités sanitaires européennes n'ont pas encore rendu leur avis, y compris sur le produit de Pfizer/BioNtech, délivré depuis cette semaine en Grande-Bretagne.

Si Londres a pu franchir ce pas sans attendre les autres pays européens, c'est grâce à un texte... européen. 

Chaque Etat membre est libre d'utiliser une procédure d'urgence pour distribuer provisoirement un produit médical sur son territoire. Et ce, notamment, en cas de pandémie.

Les deux ministres britanniques ont d'ailleurs été contredits dans leur propre pays par la patronne de l'organisme en charge de l'approbation des vaccins. June Raine, directrice du MHRA, affimant : "Nous avons été en mesure d'autoriser la fourniture de ce vaccin en utilisant les dispositions du droit européen."

Cette exception à la règle commune pourrait aussi être utilisée prochainement par la Hongrie. Budapest envisage d'autoriser le vaccin russe dans son pays, -là encore- sans attendre l'avis des instances européennes.

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