Statut honorifique pour les soignants morts du Covid-19 : ce n'était pas "la vraie attente", selon le syndicat national des professionnels infirmiers

Les soignants morts du Covid-19 depuis le 1er janvier 2020 vont pouvoir recevoir le statut honorifique de "mort pour le service de la République" et leurs enfants seront pupilles de la République, selon un décret publié samedi au Journal officiel.

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Radio France
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Des soignants du service de réanimation Covid à l'hôpital de Périgueux, en Dordogne, le 12 août 2021.
  (Valérie Dejean/Radio France)

"C'est une bonne chose" mais ce n'était pas "la vraie attente" des soignants, commente le porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) Thierry Amouroux, samedi 26 mars sur franceinfo. "La vraie attente des soignants était plutôt la reconnaissance en maladie professionnelle des 140 000 soignants qui ont été contaminés par le Covid-19", a-t-il ajouté.

franceinfo : Saluez-vous la décision de l'Etat de donner le statut honorifique de "mort pour le service de la République" aux soignants décédés du Covid-19 depuis le 1er janvier 2020 ?

Thierry Amouroux : C'est une bonne chose pour les 19 familles concernées, c'est également un signal important envoyé aux soignants, mais la vraie attente des soignants était plutôt la reconnaissance en maladie professionnelle des 140 000 soignants qui ont été contaminés par le Covid-19, en particulier lors de la première vague, lorsque nous nous sommes retrouvés confrontés à un manque de matériel. Faute de masques, de gants, avec des sacs poubelles en guise de sur-blouse, nous avons été nombreux à être contaminés.

Nous nous sommes engagés sans compter, mais le gouvernement a refusé la reconnaissance en maladie professionnelle à ces 140 000 soignants pour ne l'accorder qu'à ceux qui avaient été placés sous oxygénothérapie, ce qui veut dire que fin 2021, l'Assurance maladie n'avait reconnu que 1 690 soignants en maladie professionnelle sur 140 000 contaminés. Pour nous, c'est un peu l'arbre qui cache la forêt.

Que changerait la reconnaissance de la maladie professionnelle chez ces 140 000 soignants qui ont eu le Covid-19 ?

C'est quelque chose d'important parce que 10% à 15% des personnes atteintes du Covid-19 sont en Covid-long. Or la reconnaissance en maladie professionnelle permet une meilleure prise en charge des frais par l'Assurance maladie, de meilleure indemnités journalières et éventuellement l'attribution d'une indemnisation en cas d'incapacité permanente. Mais c'est toujours la même logique d'économie. C'est un vrai souci.

De même qu'on est confrontés aujourd'hui avec le fait qu'il y ait toujours des plans d'économies sur les hôpitaux, des fermetures de lits et des suppressions de postes. Il y a une dégradation continue des conditions de travail des soignants, une augmentation de la charge en soin, des rappels sur repos, une augmentation des heures supplémentaires… Par exemple, à l'AP-HP, il y a 2,5 millions d'heures supplémentaires qui ont été effectuées par les soignants en 2021. Il faut bien comprendre que les soignants sont épuisés par ces deux années et voient que le logiciel n'a pas changé, alors que nous, on pensait vraiment qu'il y aurait un monde d'après, au moins pour la santé, et qu'on aurait davantage de moyens pour travailler, ce qui n'est pas le cas malheureusement.

Finalement, ce statut honorifique, comme les différents gestes de l'Etat notamment via le Ségur de la Santé, ne suffisent pas à faire oublier ces deux années de crise sanitaire ?

Oui, il faut vraiment revenir et revoir la charge de travail, le ratio, le nombre de personnes soignées par soignants. À l'international, les normes sont plutôt de six à huit patients par infirmière, en France on est plutôt à 12 ou 15 patients par infirmière. Et c'est encore pire en Ehpad où on est deux fois moins nombreux qu'en Allemagne.

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