L'accusation de faire du "populisme judiciaire est un faux reproche" : des dizaines de plaintes visent le gouvernement pour sa gestion de la crise du coronavirus

La Cour de justice de la République doit décider d’ici quelques jours si elle donne suite aux 86 plaintes déposées jusqu’ici contre des membres du gouvernement. Plusieurs citoyens disent avoir attrapé le Covid-19 pendant le premier tour des élections municipales.

Des membres du gouvernement d\'Édouard Philippe (G) assis sur les bancs réservés aux ministres à l\'Assemblée nationale, le 9 juin 2020 (photo d\'illustration).
Des membres du gouvernement d'Édouard Philippe (G) assis sur les bancs réservés aux ministres à l'Assemblée nationale, le 9 juin 2020 (photo d'illustration). (BERTRAND GUAY / AFP)

La plupart des citoyens qui ont porté plainte contre le gouvernement pour sa gestion de la crise du coronavirus sont militants dans des partis politiques. Ils étaient présents le jour du premier tour des élections municipales pour donner un coup de main dans les bureaux de vote. C’est le cas de Fayçal, 59 ans. Dans la vie il est chauffeur routier, mais le 15 mars dernier il assurait la sécurité dans un bureau de vote du 15e arrondissement de Marseille où il soutenait la liste Les Républicains. "C’était plein à craquer, se souvient Fayçal. Du gel, il n’y en avait presque pas".

Les gens étaient les uns à côté des autres. On avait l’impression que c’était presque le métro aux heures de pointe.Fayçal, chauffeur routierà franceinfo

"Et le masque de toute façon n’était pas recommandé, poursuit Fayçal. Le gouvernement disait qu’ils ne servaient à rien. Il n’y avait rien de prévu". Une semaine plus tard Fayçal présente les premiers symptômes. Il est diagnostiqué positif au Covid-19 comme plusieurs de ses camarades, présents aussi dans le bureau de vote pendant le premier tour.

Malade, Jacqueline voit mourir ses camarades en quelques jours

Dans le même temps, l’histoire se répète à l’autre bout de la France, dans la banlieue de Lyon. Là-bas, c’est Jacqueline qui attrape le Covid-19 alors qu’elle aide dans un bureau de vote. Ce jour-là plusieurs de ses camarades tombent aussi malades, certains meurent quelques semaines plus tard. Pour Jacqueline, c’est le gouvernement qui est responsable : "Quand quelqu’un sait qu’il peut protéger son peuple, pourquoi il attend que ce soit la limite ? Pourquoi il attend que ce soit trop tard pour pouvoir faire quelque chose ? Mon but c’est d’avoir une réponse. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi ?"

Comme Fayçal et Jacqueline, des dizaines de citoyens ont ou vont bientôt porter plainte contre le gouvernement. "Les gens ont l’impression qu’on ne leur dit pas tout, qu’on ne leur dit pas la vérité, explique maître Hervé Banbanaste qui défend plusieurs d’entre eux. Alors, on peut reprocher à ces gens-là de faire ce qu’on appelle du populisme judiciaire, mais c’est un faux reproche".  

J’ai une dame qui m’appelle et qui me dit : ‘En dix jours, après être allée voter, j’ai perdu mon mari et j’ai perdu mon fils’. maître Hervé Banbanaste, avocat de victimes du Covid-19à franceinfo

"Cette femme se retrouve dans une intense détresse et on ne peut absolument pas reprocher aux victimes du Covid-19 de vouloir faire valoir leurs droits", estime le défenseur.   

Pour l’heure, 86 plaintes ont été déposées, un nombre record dont les deux tiers (56) émanent de particuliers. La commission des requêtes de la Cour de justice de la République les examine en ce moment. Elle doit décider d’ici quelques jours soit de les classer sans suite, soit de les transmettre à la commission d’instruction qui pourra décider ou non de traduire certains membres du gouvernement devant la justice.