Covid-19 : "Ce n'est pas le manque d'équipements qui va poser problème, c'est le manque de soignants", alerte le président de la Fédération hospitalière de France

Frédéric Valletoux réagissait aux propos de Jean Castex qui assurait que le mois de novembre serait "éprouvant". 

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Radio France
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Une infirmière à la clinique Saint-Jean de Montpellier, en octobre 2020.  (GUILLAUME BONNEFONT / MAXPPP)

"Ce n’est pas le manque d’équipements qui va poser problème" dans les hôpitaux ces prochaines semaines, "c’est le manque de soignants", a alerté Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France et maire (Agir) de Fontainebleau (Seine-et-Marne), vendredi 23 octobre sur franceinfo, alors que le Premier ministre Jean Castex a prévenu que le mois de novembre serait "éprouvant" sur le front de l’épidémie de Covid-19. "On est dans un hôpital qui est très juste en effectifs. Avec l'épuisement, la fatigue et le fait aussi que les soignants sont plus touchés par le Covid qu'ils ne l'étaient au printemps, le taux d'absentéisme est plus important" qu’au printemps dernier, a expliqué Frédéric Valletoux. "Tout ça dessine un paysage pour les hospitaliers qui est assez angoissant."

franceinfo : Que veut dire le Premier ministre quand il parle d'un mois de novembre "éprouvant" ?

Frédéric Valletoux : Il veut dire que les services hospitaliers vont être mis à rude épreuve et que les Français vont voir monter le nombre de patients Covid pris en charge. Et il faut être réaliste et lucide, l’hôpital va connaître des semaines qui vont être très difficiles, sans doute plus difficiles qu'au printemps, parce que le contexte a changé. Les semaines qui arrivent vont mettre à rude épreuve les hospitaliers qui, depuis le mois de février, dans certaines régions, notamment en Ile-de-France et dans le Grand Est, n'ont pas cessé de travailler et de connaître une activité très soutenue.

En quoi la situation a changé ?

Elle a changé pour plusieurs raisons. D'abord, aujourd'hui, c'est presque tous les territoires de France qui sont touchés, ce qui n'était pas le cas au printemps. Et il faut se souvenir que si, au printemps, notamment en Ile-de-France, les lignes hospitalières ont pu tenir, c'est parce qu'il y a eu jusqu'à 5 000 professionnels qui sont venus aider les services hospitaliers franciliens, ce qui avait été le cas aussi dans le Grand Est. Ces renforts venus des autres régions seront beaucoup moins nombreux puisque l’épidémie touche tout le territoire. La deuxième chose, c'est qu'on était au printemps. Là, on est à l'approche de l'hiver, il y a d’autre épidémies qui vont arriver, comme la grippe qui va aussi solliciter les services de réanimation. Habituellement, en France, l'hiver, c'est 80% de nos lits de réanimation qui sont occupés. Là, on y ajoute l'épidémie de Covid. Donc, on va aller au-delà, on va mettre des lits supplémentaires dans les services de réanimation, mais ce n'est pas tellement le manque d'équipements qui va poser problème, c'est le manque de soignants. On est dans un hôpital qui est très juste en effectifs. Avec l'épuisement, la fatigue et le fait aussi que les soignants sont plus touchés par le Covid qu'ils ne l'étaient au printemps, le taux d'absentéisme est plus important. Tout ça dessine un paysage pour les hospitaliers qui est assez angoissant.

Sommes-nous déjà proches de la saturation dans les services de réanimation ?

On n'est pas encore à la saturation. Au printemps, on a ouvert jusqu'à 8 000 lits de réanimation, on aurait pu monter jusqu'à 10 000 voire 12 000 si cela avait été nécessaire. On peut aller au-delà. Mais quand on ouvre un lit de réanimation, ce n'est pas simplement mettre un respirateur et des appareils à côté d'un lit : on compte à peu près cinq personnels soignants pour faire tourner un lit de réanimation qui demande une surveillance continue 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Et c'est là que le bât blesse. Je le redis, ce n'est pas les équipements, c'est les soignants. C'est là qu'effectivement, on risque d’être limités.

Et pour l’instant, on ne mesure pas encore les effets concrets du couvre-feu.

Les dix prochains jours seront cruciaux. C'est là que ça va se jouer. Si on constate qu'effectivement la courbe des hospitalisations continue de progresser, si l'on constate qu'il n'y a pas eu un arrêt à la propagation du virus, il va falloir effectivement poser la question de mesures plus difficiles. On pense au confinement, ce que personne ne souhaite, mais à côté de ça, personne ne souhaite voir non plus les lignes hospitalières débordées. Et personne n'acceptera si un jour on a des patients qu'on ne peut pas prendre parce qu'on n'a plus de place à l'hôpital, qu'on est débordé et qu'on ne peut plus faire face.

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