Coronavirus : un colis en provenance de Chine peut-il transmettre la maladie ?

Face à l'inquiétude des internautes et aux rumeurs propagées sur les réseaux sociaux, les autorités sanitaires, comme les experts interrogés par franceinfo, assurent que le risque est "extrêmement faible" voire"égal à zéro".

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Des membres du personnel médical de l'hôpital de Wuhan (Chine), le 25 janvier 2020, pendant l'épidémie de coronavirus. (HECTOR RETAMAL / AFP)

#AliExpress. Ce mot-clé s'est propagé à toute vitesse sur Twitter, en pleine épidémie de coronavirus. Mi-angoissés, mi-rigolards, des internautes s'interrogent sur le risque de contamination au contact des colis livrés par le géant du commerce en ligne chinois Alibaba, alors que les cas mortels de la maladie virale se multiplient en Chine. Les paquets et marchandises en provenance de Chine peuvent-ils être contaminés par le virus ? Le contact avec ces objets expose-t-il à un risque de contagion ? Dans le live de franceinfo, vous avez été nombreux à nous poser ces questions. Alors, vrai ou "fake" ?

Le ministère de la Santé assure que "le risque d'être infecté par le [coronavirus] en touchant un objet importé de Chine est considéré comme extrêmement faible". Un avis partagé par tous les experts sollicités par franceinfo. "Cette crainte est exagérée", répond Anne Goffard, médecin spécialiste en virologie au CHU de Lille, enseignante à la faculté de pharmacie de Lille et chercheuse à l'Institut Pasteur de Lille. 

Il n'y a aucun danger lié aux colis ou matériels venant de Chine.

Bruno Lina, médecin et professeur de virologie aux Hospices civils de Lyon

à franceinfo

"On ne connaît pas encore bien ce virus, reconnaît Anne Goffard, "mais les coronavirus restent peu de temps virulents à l'air ambiant. Il faut qu'ils soient dans un être vivant pour se multiplier." "Les coronavirus sont peu stables dans l'environnement et celui-ci n'est pas différent, dans sa composition, de ceux déjà observés", confirme Pierre Talbot, directeur du laboratoire de neuro-immuno-virologie de l'Institut national de la recherche scientifique de Québec. 

"Le risque est égal à zéro"

"Le virus est trop fragile. Il se dégrade en quelques heures au contact de l'air", poursuit Anne Goffard. "Il peut survivre dans le milieu liquide quelques jours au plus, mais il ne survit que quelques heures sur les surfaces sèches inertes", évalue Pierre Talbot. Une durée de vie que Bruno Lina évalue à trois heures dans le second cas. "Pour que le virus survive, il faut un certain taux d'humidité, une certaine température. Et pour qu'il se transmette, il faudrait une quantité énorme de virus déposé sur un objet et qu'une personne le touche pendant longtemps et porte sa main à sa bouche, par exemple", poursuit Samira Fafi-Kremer, responsable du laboratoire de virologie du CHU de Strasbourg. "C'est pour ça qu'on nettoie les surfaces dans les hôpitaux, parce qu'il y a une forte concentration de malades et donc de virus", précise encore Astrid Vabret, cheffe du service de virologie du CHU de Caen.

Dans le cas d'un colis expédié depuis un entrepôt en Chine à destination d'un client en France, "les virus seront inactivés en quelques heures, s'ils sont déposés sur ces objets avant l'envoi", garantit Bruno Lina. Compte tenu de la distance et du temps de transport, "quand le colis arrivera, le virus sera mort", affirme Pierre Talbot. Par conséquent, "le risque est égal à zéro", tranche Bruno Lina.

Ce n'est pas une crainte justifiée. C'est théoriquement possible, mais ça n'a jamais été observé.

 Astrid Vabret, cheffe du service de virologie du CHU de Caen

à franceinfo

Le mode de contamination principal de ce coronavirus est la transmission par les voies respiratoires. "Comme tous les virus respiratoires, il se transmet par les postillons, les gouttelettes. Quand quelqu'un tousse ou éternue, au contact de la main d'une personne qui vient de tousser ou d'éternuer et qui a les doigts pleins de virus, par exemple", expose Samira Fafi-Kremer.

"Ça contribue à l'hystérie collective"

"Certains internautes font valoir qu'il existe des études sur la contamination via les surfaces ou les objets", développe Samira Fafi-Kremer. Ces études "ont été réalisées in vitro, en déposant un virus sur une surface, et dans le cadre de travaux sur le risque de contamination nosocomiale, via le matériel hospitalier, pour les hôpitaux, où les virus sont très présents."

"C'est vraiment sans fondement", conclut Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Bichat, à Paris, directeur de l'Institut de l'infectiologie à l'Inserm et expert auprès de l'Organisation mondiale pour la santé (OMS). "Ça contribue à l'hystérie collective", regrette Pierre Talbot. "C'est la même psychose à chaque épidémie", conclut Astrid Vabret.

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