Pollution dans la vallée de l'Arve : "Il y a un sentiment d'abandon parmi la population"

Médecin généraliste aux Houches (Haute-Savoie), Mallory Guyon a dit lundi sur franceinfo être "témoin de pathologies ORL respiratoires chez les enfants, les personnes âgées et les patients avec des pathologies chroniques".

La pollution visible dans la vallée de l\'Arve (Haute-Savoie), le 17 avril 2017.
La pollution visible dans la vallée de l'Arve (Haute-Savoie), le 17 avril 2017. (DENIS CHARLET / AFP)

"Je pense que, dans la population, il y a ce sentiment d'abandon", a réagi lundi  30 avril sur franceinfo Mallory Guyon, médecin généraliste aux Houches (Haute-Savoie), près de Chamonix. Quatorze habitants de la vallée de l’Arve ont décidé de déposer cette semaine un recours devant le tribunal administratif de Grenoble contre l'État. Ils estiment que les autorités n'en font pas assez contre la pollution de l'air dans cette zone qui est l'un des plus polluées de France. 540 plaintes contre X ont déjà été déposées ces dernières semaines. Mallory Guyon fait partie des plaignants. Elle constate dans son cabinet médical que "le phénomène se produit beaucoup plus tôt" dans la saison, "en octobre cette année" et a dit "s'inquiéter pour les bébés".

franceinfo : Est-ce que vous voyez ces habitants, qui se plaignent de la pollution, défiler dans votre cabinet ?

Mallory Guyon : Je suis témoin de pathologies ORL respiratoires chez les enfants, les personnes âgées et les patients avec des pathologies chroniques. Cela va de l'otite à répétition en passant par les bronchiolites chez les nourrissons, les bronchites asthmatiformes et quelques pneumopathies que l'on peut envoyer à l'hôpital. C'est souvent récidivant, ou persistant, ou alors difficile à traiter.

Le phénomène augmente-t-il au fil des années ?

Le phénomène se produit beaucoup plus tôt. Je vois que cela commence tôt dans la saison, en octobre cette année. Cela interpelle. On fait la corrélation avec les données scientifiques officielles qui parlent des effets de la pollution de l'air sur l'appareil respiratoire notamment. On parle maintenant de tout ce qui est cardiovasculaire. Je fais la corrélation, je me dis que les données scientifiques sont observables dans la vallée. Je m'inquiète pour les bébés. Les bronchiolites, je suis obligée de les hospitaliser. Elles sont mal tolérées.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn est venue sur place avec le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot en septembre 2017. Depuis avez-vous noté des améliorations ?

On n'en voit pas beaucoup dans la pratique. À par tout ce qui est des mesures de protection, de dire aux gens quand il y a une information sur l'air, ne faites pas de sport, on garde les enfants à la maison, on leur interdit de courir. À part ces mesures-là, en cas de pic, je n'ai pas vu d'autres mesures urgentes. Ici, on attend de trouver de bonnes solutions au niveau des transports, de nous proposer plus de trains, plus de bus, d'organiser un vrai réseau de covoiturage. On parle du chauffage au bois. Il faudrait beaucoup plus de subventions.

Est-ce que vous avez l'impression que les services de l'État ont abandonné la vallée de l'Arve et ses habitants ?

On a cette impression. C'est pour cela que les citoyens ont fait ce recours juridique et ce sont ces plaintes déposées contre X. Je pense que, dans la population, il y a ce sentiment d'abandon. C'est légitime. Quand on voit l'endroit où on habite, on a le mont Blanc, c'est quand même bien dommage de ne pas prendre des mesures exceptionnelles pour une géographie exceptionnelle.