Greffe réussie d'un cœur de porc sur un patient : "C'est l'un des avenirs majeurs de la greffe", assure un spécialiste

"Plus de 20 000 patients attendent une greffe actuellement en France", pointe le Pr Olivier Bastien, ancien directeur de l'activité de prélèvement et de greffes d'organes et de tissus en France à l'Agence de la Biomédecine. Pour lui, "la xénogreffe et le fait d'avoir des élevages permettaient de disposer de greffons immédiatement".

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Radio France
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Des chirurgiens de la faculté de médecine du Maryland s'apprêtent à greffer un cœur de porc sur un humain, le 10 janvier 2022. (- / UNIVERSITY OF MARYLAND SCHOOL OF / AFP)

"C'est l'un des avenirs majeurs de la greffe", témoigne mardi 11 janvier sur franceinfo le professeur Olivier Bastien, ancien directeur de l'activité de prélèvement et de greffes d'organes et de tissus en France à l'Agence de la Biomédecine, alors que des chirurgiens américains ont réussi à greffer sur un patient un cœur issu d'un porc génétiquement modifié, une première mondiale.

franceinfo : Est-ce un espoir pour la greffe ?

Olivier Bastien : Ce qui a complètement changé, c'est le fait de modifier génétiquement les organes d'un porc. Ça fait plusieurs années qu'on essaye d'alerter tout le monde sur les progrès considérables qui ont été apportés par cette nouvelle technologie. C'est l'un des avenirs majeurs de la greffe. Sur le plan éthique, il faut que le ratio risque/bénéfice soit favorable au patient. C'est un patient qui a accepté le risque, en sachant que cette greffe peut ne pas marcher. À chaque greffe, c'est un grand pas pour l'ensemble des activités médicales.

Pourquoi les porcs ?

Les organes des porcs sont très proches des organes humains. Ce sont des élevages d'animaux à des niveaux industriels, sans germe, et qui ont été modifiés sur un certain nombre de gênes, pour que l'homme ne puisse plus reconnaître l'identité différente sur le plan immunologique, et donc éviter le rejet aigu qui peut arriver dans les heures qui suivent. Il y a une technique maîtrisée depuis plusieurs années. Le progrès est très proche de réussir définitivement pour les xénogreffes [greffe provenant d'une espèce animale]. En revanche, on a vu lors de la pandémie qu'il pouvait y avoir des réservoirs de virus animaux. Le fait de transgresser la frontière homme/animal doit poser la question de la transmission d'infections.

Où en est la France sur ces recherches-là ?

Après l'épidémie des vaches folles, les programmes de recherche ont quasiment été arrêtés en France. On continue la recherche fondamentale sur les mécanismes du rejet. Il faut un énorme investissement de biotechnologie et une volonté au niveau de l'État pour lancer des programmes. C'est très compliqué de produire ces animaux génétiquement modifiés.

"Ce sont des millions et des millions de dollars qui ont été investis depuis plusieurs années pour arriver à ce résultat. C'est un peu comme les vaccins à ARN. Soit on rentre dedans, soit on dépendra des progrès des Américains ou des Chinois dans quelques années."

Professeur Olivier Bastien

à franceinfo

À qui ces greffes peuvent bénéficier ?

Ces greffes seront peut-être des greffes temporaires, pour des périodes courtes, le temps de trouver une autre solution définitive, par exemple une transplantation d'un cœur humain ou artificiel. Plus de 20 000 patients attendent une greffe actuellement en France. Il y a un certain nombre de patients qui ne peuvent pas accéder à la greffe, soit pour des raisons de difficultés de groupe rare, soit pour des raisons de maladie, ou en raison de l'âge. La xénogreffe est donc une possibilité, et le fait d'avoir des élevages permettaient de disposer de greffons immédiatement, et donc répondre à un besoin très urgent.

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