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Afrique : le Rwanda, nouvelle terre d'accueil des migrants

Ce pays du centre de l’Afrique vient d’accueillir un 5e convoi de réfugiés en un an. Tous proviennent des camps situés en Libye.

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Un centre de transit des réfugiés au Rwanda, le 31 janvier 2020
Un centre de transit des réfugiés au Rwanda, le 31 janvier 2020 (SIMON WOHLFAHRT / AFP)

Le Rwanda, ce n’est pas le pays auquel on pense spontanément quand on parle du dossier des migrants. Et pourtant, ce pays de 12 millions d’habitants, au cœur de la région des Grands Lacs en Afrique, est bien en train de devenir progressivement une zone d’accueil.

Mardi 29 décembre au soir, 130 réfugiés sont à nouveau arrivés à Kigali, la capitale : des jeunes pour la plupart, quelques familles, tous transférés par avion depuis la Libye, où ils avaient échoué dans ces camps à la réputation sordide, où l’esclavage, le viol, l’insalubrité sont monnaie courante. Pour la plupart, ils sont originaires d’Afrique de l’Est, d’Erythrée, du Soudan et de Somalie. Tous cherchaient à rejoindre l’Europe et tous se sont retrouvés bloqués en Libye, une situation très fréquente.

C’est le 5e convoi de cette nature, soit un total de 515 réfugiés arrivés à Kigali depuis un an. Le président rwandais Paul Kagame se dit prêt à en accueillir 30 000, ce qui est considérable pour un pays de la taille du Rwanda. Ces transferts successifs sont la traduction d’un accord passé il y a un peu plus d’un an avec l’Union Africaine et surtout avec le HCR, le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU, qui identifie les réfugiés en Libye et finance l’opération.  

Un accès garanti à l'éducation et à la santé

Une fois arrivés au Rwanda, et après avoir dûment passé un test Covid-19, ces réfugiés sont installés dans un centre de transit, à Gashora, à une heure au sud de la capitale Kigali, dans des maisons en dur, avec l’eau, l’électricité, des sanitaires. Et surtout, cela fait partie de l’accord, ils ont accès à la couverture santé, à l’éducation pour les enfants, à des formations qualifiantes pour les adultes. Et ils ont droit de chercher du travail.

L'idée du Rwanda, c’est plutôt d’être une zone de transit. Avec l’objectif qu’ensuite ces réfugiés partent ailleurs. Sur les 500 personnes accueillies depuis un an, 200 ont déjà été transférées dans d’autres pays, essentiellement la Suède, la Norvège et le Canada. Mais s’ils s’intègrent et trouvent du travail au Rwanda, ils peuvent également rester. Deux raisons principales expliquent le choix de cette politique par le Rwanda. D’abord le pays est sensibilisé à la question des réfugiés : il a été marqué par de multiples exodes depuis 60 ans et bien sûr par le génocide des Tutsis au début des années 90. Ensuite le président rwandais Paul Kagame y voit certainement un bénéfice politique, lui qui s’impose depuis quelques années comme l’un des principaux leaders africains, grâce à la modernisation rapide de son pays.  

80% des migrants africains restent en Afrique

Cette histoire est également révélatrice de l’évolution de la question migratoire. D’une part, cela traduit bien la volonté de l’Union européenne de sous-traiter la question des migrants afin d’éviter qu’ils n’arrivent en Europe. Parce qu’en fait cet accord avec le Rwanda est, indirectement, une décision européenne : l’Europe est le principal bailleur de fonds du Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU. D’autre part, c’est un indicateur de l’évolution des routes migratoires. Contrairement à une idée reçue, aujourd’hui en Afrique, 8 migrants sur 10 se déplacent à l’intérieur du continent. Et non vers l’Europe.  

Un centre de transit des réfugiés au Rwanda, le 31 janvier 2020
Un centre de transit des réfugiés au Rwanda, le 31 janvier 2020 (SIMON WOHLFAHRT / AFP)