Pénibilité au travail : les déménageurs, les couvreurs et ouvriers du bâtiment sont-ils vraiment équipés d'exosquelettes, comme l'affirme le sénateur François Patriat ?

écouter (70min)

Pour justifier la réforme des retraites, le sénateur Renaissance assure qu'avoir un travail physique est beaucoup moins dur qu'il y a 40 ans. François Patriat en veut pour preuve ces travailleurs désormais équipés selon lui "d'exosquelettes". Si certaines entreprises testent effectivement ce matériel, son usage est très rare, voire quasiment absent dans certains des secteurs cités.  

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
  (XAVIER DE FENOYL / MAXPPP)

Porter une charge lourge ou répéter des gestes mécaniques n'est plus aussi difficile qu'il y a une quarantaine d'années, si l'on en croit le sénateur Renaissance de Côte d'Or François Patriat. "La nature du travail n'est pas la même. Les déménageurs, les couvreurs, les gens dans les travaux publics sont équipés d'exosquelettes, ils sont équipés de matériaux, la pénibilité n'est plus la même", a assuré l'élu. Des propos qualifiés de "stupidités" par le leader de la CGT Philippe Martinez, et moqués par de nombreux élus. 

Pas d'exosquelettes chez les déménageurs

L'Institut de recherche sur la santé et la sécurité (INRS) a mené de nombreux travaux sur ces exosquelettes. Ses études montrent que des entreprises sont bel et bien tentées par ce matériel, que certaines les testent, mais que les exosquelettes restent loin d'être répandus. D'abord rappelons que si le terme "exosquelette", sonne un peu comme de la science fiction, il s'agit en réalité d'une sorte d'armature rigide ou en tissu qu'un salarié peut enfiler. Cet exosquelette est censé faciliter l'exécution de certaines tâches et donc réduire les troubles musculo-squelettiques dûs au travail. 

D'après l'INRS,ces exosquelettes sont testés dans plusieurs secteurs comme l'industrie, la logistique, le BTP ou encore les transports. Le constructeur ferroviaire français Alstom explique par exemple que certains de ses ouvriers du site de Crespin (Nord) sont équipés d'exosquelettes depuis 2019. Les salariés accomplissant des tâches sous châssis, les bras levés, en sont notamment équipés. Mais concernant les métiers du déménagement, la chambre syndicale du secteur assure que les exosquelettes ne sont pas du tout utilisés à ce jour, en tout cas pas de manière globale et fréquente.

Karen Brudy, vice-présidente de la Chambre syndicale du déménagement, elle-même à la tête d'une entreprise de déménagement, explique que les entreprises manifestent effectivement un intérêt pour cette technologie, sans toutefois franchir le pas vers un achat et une utilisation. Si elle n'exclut pas que certaines entreprises testent peut être des exosquelettes, Karen Brudy assure que cela reste très marginal. D'après elle, cela tient notamment au fait qu'il est très compliqué de trouver un exosquelette parfaitement adapté aux gestes des déménageurs. 

Pas encore de preuve scientifique de leur efficacité

Et c'est effectivement ce que confirment les études de l'INRS : si les exosquelettes restent très rare dans le milieu professionnel, c'est notamment parce qu'ils ne correspondent pas à tous les métiers ni tous les gestes professionnels. Par ailleurs, leur efficacité n'est même pas encore prouvée. À ce jour, les exosquelettes ne sont pas considérés comme des EPI, c'est-à-dire des équipements de protection individuels. Pour cela, il faudrait qu'un fabricant prouve l'efficacité de ce matériel contre un risque de santé ou de sécurité. Or, à ce stade, il n'existe pas encore de preuve scientifique.

Si l'INRS parle de "potentiel", les chercheurs considèrent toutefois que des évaluations supplémentaires sont nécessaires, notamment parce que ces exosquelettes ne sont pas sans risques. Eux-mêmes posent des questions de santé. D'après l'INRS, ils peuvent notamment potentiellement entraîner des irritations de la peau, une augmentation du rythme cardiaque, ou encore un déséquilibre du corps.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.