Le vrai du faux, France info

Le vrai du faux. Non, les gouvernements ne cèdent pas sur un projet à chaque grande manifestation

Pendant les fêtes, Gérald Roux passe au crible des faits repérés dans les médias et les réseaux sociaux. Aujourd’hui, une petite phrase du député de la France insoumise, Eric Coquerel. L’élu affirme que les gouvernements cèdent sur des projets à chaque fois que des centaines de milliers de personnes manifestent.

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En 2010, des milliers de personnes ont défilé partout en France contre le projet de reforme des retraites, comme ici à Paris le 23 septembre. Malgré cette mobilisation, la loi a été publiée au Journal officiel en novembre 2010.
En 2010, des milliers de personnes ont défilé partout en France contre le projet de reforme des retraites, comme ici à Paris le 23 septembre. Malgré cette mobilisation, la loi a été publiée au Journal officiel en novembre 2010. (MAXPPP)

Invité de France Inter, Eric Coquerel, député de la France insoumise, est revenu, mardi 26 décembre, sur la trop faible manifestation contre les ordonnances du gouvernement à l’automne. Selon l’élu, avec une mobilisation plus importante, ce projet aurait pu être arrêté. "Il y a deux solutions pour arrêter un gouvernement et des projets tels que les ordonnances : c'est soit la grève générale, soit le fait de montrer sa force dans la rue. Dans la Ve République, à chaque fois que des forces de l'opposition l'ont réussi par centaines de milliers, vous remarquerez que les gouvernements ont cédé", a-t-il affirmé.

C’est faux. Eric Coquerel aurait dû mieux réviser son "cours de contestation" pendant les vacances car plusieurs exemples le contredisent. En 2010, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites voulue par Nicolas Sarkozy, sur la seule journée du 12 octobre, 1,2 million de personnes sont descendues dans la rue selon la police, et 3,5 millions selon les syndicats. Au total, 11 journées de mobilisation avaient été organisées contre la réforme tandis que la cote de popularité de Nicolas Sarkozy était descendue à 26%. Malgré cette mobilisation, la loi a été publiée au Journal officiel en novembre 2010, repoussant l’âge légal de la retraite à 62 ans, comme le président le souhaitait.

La Manif pour tous, une grande mobilisation sans résultat

Autre exemple, en 2003, avec la réforme Fillon sur les retraites. Deux millions de personnes manifestent dans les rues selon les syndicats, 1,1 million selon la police. Le gouvernement fait quelques concessions, mais la mesure phare passe : la durée de cotisation des fonctionnaires passe à 40 années comme dans le privé.

Plus récemment, en 2016, les multiples défilés de mars à juin, avec des millions de manifestants cumulés, n’ont pas empêché l’adoption de la loi El Khomri. Le projet de loi a certes été revu, mais la loi travail a malgré tout été votée. Dernier exemple avec la loi Taubira sur le mariage pour tous. Le projet de loi a été adopté en 2013 malgré une longue opposition de la rue et sept grandes journées de mobilisation dont une le 13 janvier 2013 où un million de manifestants a défilé selon la Manif pour tous, et 340 000 d'après la police.

En résumé. Eric Coquerel laisse entendre qu'une plus grande mobilisation aurait permis d'arrêter l'adoption des ordonnances sur la réforme du travail. Selon lui, les gouvernements précédents avaient tous reculé dès lors qu'ils faisaient face à de grandes manifestations. Mais l'histoire récente prouve le contraire. En 2003, 2010, 2013 et 2016, chaque gouvernement a fini par faire adopter un projet de loi contesté. 

En 2010, des milliers de personnes ont défilé partout en France contre le projet de reforme des retraites, comme ici à Paris le 23 septembre. Malgré cette mobilisation, la loi a été publiée au Journal officiel en novembre 2010.
En 2010, des milliers de personnes ont défilé partout en France contre le projet de reforme des retraites, comme ici à Paris le 23 septembre. Malgré cette mobilisation, la loi a été publiée au Journal officiel en novembre 2010. (MAXPPP)