Le vrai du faux. Les banlieues sont-elles "gorgées" d'allocations sociales, comme l'affirme Eric Zemmour ?

Le président du parti Reconquête affirme que les habitants des banlieues "sont gorgés d'allocations sociales et de privilèges de toutes sortes". Le vrai du faux a vérifié cette affirmation.
Article rédigé par France Info - Caroline Félix
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
Eric Zemmour à Paris le 4 décembre 2022. (ALAIN JOCARD / AFP)

Les habitants des banlieues sont beaucoup trop favorisés d'après le président du parti Reconquête Eric Zemmour, qui a affirmé sur CNews samedi 1er juillet que "ces gens-là [les habitants des quartiers prioritaires] sont gorgés, je dis bien gorgés, d'allocations sociales et de privilèges de toutes sortes".

Le terme "gorgé" est faux, car il implique une notion d'excès, comme l'indique, par exemple la définition du Larousse : "Faire manger quelqu'un avec excès". En revanche, effectivement, les habitants des quartiers prioritaires de la politique la ville (QPV) reçoivent plus souvent des aides de la caisse d'allocation familiale : le RSA, les allocations adultes handicapés ou des aides au logement par exemple. D'après l'Insee, près des trois quarts des résidents de ces zones bénéficient d’au moins d'une de ces prestations, alors que c'est la moitié sur l’ensemble du territoire.

Mais cela est logique : ces quartiers sont justement définis par un critère de concentration de population à bas revenus, qui "abritent donc davantage de personnes en grande difficulté financière qu’ailleurs", décrit l'institut national de la statistique. Ces habitants ont le droit à ces aides et ils ne perçoivent donc pas plus d'aides que les autres par rapport à leur situation.

Dans les banlieues, les "équipements et services publics sont massivement moins présents"

Il existe des crédits spécialement fléchés pour ces QPV. On peut citer le plan de rénovation urbaine doté de 12 milliards d'euros sur cinq ans. Malgré tout, les inégalités subsistent. Le rapport de l'ancien ministre Jean-Louis Borloo de 2018 indique que dans ces quartiers "les communes disposent de 30% de capacité financière en moins (...) alors que leurs besoins sont de 30% supérieurs". L'une des raisons, c'est qu'il y a moins de propriétaires, donc moins de taxes foncières et moins d'impôts locaux. Le rapport Borloo dit aussi que "les équipements et services publics sont massivement moins présents qu’ailleurs".

Par exemple en Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France hexagonale, plus d'un tiers de la population vit en quartier prioritaire. Un rapport parlementaire de 2018 s'est penché sur son cas.
Sur le plan de l'éducation, il notait par exemple que le moins bien doté des collèges à Paris était mieux doté que le plus riche des établissements de Seine-Saint-Denis. Et c'est la même tendance en matière de sécurité. Par exemple, la ville de Saint-Denis disposait de moins de policiers que d'autres villes pour un taux de délinquance supérieure. Enfin, les enseignants, les soignants ou les policiers prennent souvent leur premier poste dans le département, donc sont moins chevronnés.

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