Le vrai du faux. Est-il vrai qu'un SDF sur quatre est un ancien enfant placé ?

La cheffe de file des députés La France insoumise Mathilde Panot dénonce l'état de la protection de l'enfance en France, en affirmant qu'"une personne sans abri sur quatre dans notre pays est un ancien enfant placé".
Article rédigé par France Info - Caroline Félix
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Une personne sans-abri à Strasbourg (Bas-Rhin), le 12 février 2021. (JEAN-MARC LOOS / MAXPPP)

"L'Etat est-il un bon parent ? Absolument catastrophique (...) Une personne sans abris sur quatre dans notre pays est un ancien enfant placé", a déploré Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale sur BFM TV ce dimanche 9 juillet. 

C'est en réalité moins d'une personne sur quatre, si l'on en croit la Fondation Abbé Pierre dans son rapport "Aux Porte de la Rue" de 2019. Elle indique que "26 % des personnes sans domicile nées en France sont d’anciens enfants placés en protection de l’enfance (soit plus de 10 000 personnes)". Ce chiffre concerne donc les sans domicile fixe nés en France. Tous les étrangers, qui représentent une part importante des SDF (53% d'après l'Insee), ne sont donc pas pris en compte dans le calcul. Ces sans domicile fixes nés en France sont surtout les anciens enfants qui ont été hébergés en foyers, plus qu'en famille d'accueil.

À noter que le terme "sans-abris" utilisé par Mathilde Panot désigne spécifiquement les personnes "dormant dans la rue ou dans un autre lieu non-prévu pour l'habitation". Quant au terme "sans domicile", utilisé par la fondation Abbé Pierre, il englobe aussi les personnes sans logement, mais hébergées par les services sociaux.

Une surreprésentation des enfants placés parmi les SDF

Les anciens enfants placés sont, en tout cas, surreprésentés parmi les SDF, puisque c'est un SDF né en France sur quatre, "alors même que ce public ne représente que 2 à 3 % de la population générale", rappelle la Fondation Abbé Pierre. Cela s'explique par plusieurs raisons, d'après la fondation, qui s'appuie sur des travaux de recherches. L'Etat doit prendre en charge ces enfants jusqu'à leurs 18 ans. Mais à leur majorité, ils doivent se débrouiller tout seuls financièrement. C'est ce que la fondation Abbé Pierre appelle "les sorties sèches".

Or, à 18 ans, ces jeunes n'ont pas toujours les moyens financiers ni le soutien familial pour accéder à un logement. Ils se tournent donc vers les dispositifs d'hébergement d'urgence. D'autres chercheurs mettent aussi en évidence le fait qu'ils peuvent aussi moins compter sur des liens sociaux forts que le reste de la population, puisqu'ils ont souvent connu plusieurs foyers ou plusieurs familles à plusieurs endroits différents. Enfin, le rejet de l'institution de l'aide sociale à l'enfance fait que certains d'entre eux ne demandent pas les aides auxquelles ils ont le droit.

Des nouvelles mesures depuis août 2022

Les anciens enfants placés peuvent demander un "contrat jeune majeur", une aide qui peut prendre plusieurs formes, "telles que le soutien éducatif, l'hébergement, le soutien psychologique et éducatif, l'allocation financière", explique par exemple le département du Val-de-MarneMais d'après la fondation Abbé Pierre, "il s’agit d’une aide précaire (seul 1 % ont une durée supérieure à un an)", d'autant qu'"à la fin du contrat, le jeune doit à nouveau défendre son projet pour obtenir son renouvellement".

Une loi entrée en vigueur il y a un an sur le "droit à l'accompagnement" a pour but de résoudre ce problème des "sorties sèches" : elle oblige les départements à aider ces majeurs sans ressources ou soutien familial, notamment en matière de logement. Le collectif "Cause majeur" qui rassemble des associations de protection de l’enfance, a dressé un premier bilan de cette loi. Il considère qu'il y a des progrès, mais que "de nombreuses marges de progression subsistent".

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