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Le sens des mots. Réforme, un marqueur politique souvent dévoyé

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Tout l'été sur franceinfo, Marina Cabiten et la sémiologue Mariette Darrigrand s’arrêtent sur les termes qui ont marqué l’actualité de l’année écoulée. Aujourd'hui, le mot réforme.

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Radio France
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L'Assemblée nationale lors d'une séance de questions au gouvernement, à Paris, le 28 juillet 2020. (XOS BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

Les réformes, nombreuses et tant prônées par Emmanuel Macron, ont été elles aussi malmenées par la crise sanitaire.

franceinfo : Mariette Darrigrand, vous êtes sémiologue spécialisée dans l'analyse du discours médiatique et dirigeante du cabinet Des faits et des signes. A l’origine, "re-forme" signifie retour à la forma, la beauté en latin. Au seizième siècle, c’est cette beauté – celle de la Bible – que voudront retrouver les Réformateurs, Mariette Darrigrand.

Mariette Darrigrand : Le mot "réforme" a d’abord en effet un sens religieux. Les réformateurs protestants veulent donner accès à la beauté du texte biblique en permettant aux gens de le lire directement, sans curé, en français. Et en débarrassant la religion de son luxe, de son decorum censé acheter Dieu… La Réforme veut de la vérité, de la sobriété, et cela a changé la face du monde chrétien.

Réformer c’est marquer un avant/après. La réforme est donc la grande réussite d’un parcours politique.

Oui, c’est un mot de métier, comme un cuisinier parlerait de fond de sauce ou un médecin de scanner. La réforme, c’est le travail quotidien du ministre ou du député. Mais l’exemple récent de la réforme des retraites (qui aurait pu s’appeler rééquilibrage des pensions, ou retraite par points) montre qu’ils auraient intérêt à faire l’effort de trouver des termes plus positifs et/ou plus précis. Réformer, ne veut plus dire dans l’esprit des Français que "améliorer, réparer" au mieux. Au pire, il signifie : tout casser, empirer les choses. Quand le service militaire existait encore, on disait de quelqu’un qui n’avait pas franchi le conseil de révision, qu’il était " réformé" : jugé incapable de servir son pays en cas de guerre.

Réforme, un mot très utilisé par Emmanuel Macron dès son arrivée au pouvoir  alors qu’il l’avait pourtant soigneusement évité durant sa campagne pour parler plutôt de “projet”.

En fait le mot revient dès que les politique sont au boulot. Et le malentendu s’installe avec le public, qui ne voit pas le travail souvent colossal fourni et n’entend que le risque de perte, de mise au rebut.

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