Immigration : un dimanche de Pâques très politique dans les églises anglaises

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Au Royaume-Uni, certains représentants religieux ont profité des fêtes de Pâques pour tacler le gouvernement. Ils dénoncent l’accord de migration signé entre l'Angleterre et le Rwanda. Au ministère de l’intérieur aussi, la colère gronde.

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Radio France
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Mgr Justin Welby, archevêque de Canterbury. (JONATHAN BRADY / POOL via AFP)

Le 14 avril, le Royaume-Uni a signé un accord qui prévoit de renvoyer les migrants illégaux qui arrivent en Angleterre au Rwanda, pays tiers considéré comme sûr par Londres. Une stratégie que ne supporte pas le très respecté archevêque de Canterbury, plus haut représentant de l'Eglise anglicane (après la reine Elizabeth II).

Lors de la messe du dimanche de Pâques, il a profité de son sermon pour dire ce qu'il en pensait : "Il y a de sérieuses questions éthiques, affirme l’archevêque, le principe doit résister au jugement de Dieu et il ne le peut pas. Il ne peut pas porter le poids de la responsabilité nationale de notre pays formé par les valeurs chrétiennes, car sous-traiter nos responsabilités, même à un pays qui cherche à faire le bien comme le Rwanda est l’opposé de la nature de Dieu."

Justin Welby n'est pas la seul responsable religieux a critiqué la mesure. L’archevêque d’York, Stephen Cottrell y est lui aussi allé de son petit commentaire. Cette idée de ne pas traiter les demandeurs d’asile avec "dignité" et "compassion" est "tellement déprimante et désolante" selon lui. Avant les archevêques, plus de 150 Organisations non gouvernementales (ONG) et l’ONU avaient dénoncé l’accord, fulminant : on ne parle plus d’homme mais "de cargaison humaine à expédier". Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) étudie d’ailleurs le texte pour évaluer sa légalité.

"Mutinerie" au ministère de l’Intérieur

Réactions des ONG, des religieux et, plus surprenant, des fonctionnaires. Selon les médias britanniques, on assisterait à une "mutinerie". Certains employés du ministère de l'Intérieur, qui doit mettre en place l'accord de renvoi des migrants, sont contre. Selon les syndicats, ils sont prêts à quitter leur fonction pour être transférer ailleurs, dans un autre ministère ou bien à faire grève, sous forme de "débrayages massifs" dans les prochains jours. Même le plus haut fonctionnaire du ministère, Matthew Rycroft, a écrit dans une lettre qu'il doutait de "l’effet dissuasif" de l’accord.

Pour passer outre ces objections, Priti Patel, la ministre de l’Intérieur, n’a pas utilisé la méthode douce.

Malgré les réticences, elle a lancé une "directive ministérielle", mécanisme qui permet de passer outre les désaccords de ses proches collaborateurs et de faire accepter l’accord, par la force. En 30 ans, le ministère de l’Intérieur n'avait vu le recours à cette directive qu'une seule fois.

Coûts financier et politique

Tous les migrants qui arrivent en Angleterre sont-ils concernés ? Ce n’est pas très clair. Le gouvernement britannique indique qu’avec cet accord, il veut freiner les traversées de la Manche, en hausse depuis le Brexit : 28 500 migrants sont entrés au Royaume-Uni par cette voie en 2021, trois fois plus qu'en 2020 (8 466) et 15 fois plus qu’en 2019 (1 843). Cette année, depuis janvier, déjà 6 000 demandeurs d'asile sont arrivés sur les côtes anglaises.

Cette traversée est très dangereuse, on se souvient notamment de ce terrible naufrage qui a fait 27 morts en novembre dernier. Cette mesure "réduira l’immigration clandestine, sauvera des vies, cassera le modèle économique des passeurs", selon Piti Pratel.

Sont concernés en premier lieu, les hommes célibataires, peu importe leur nationalité, arrivés illégalement sur le territoire britannique. On ne sait pas si les Ukrainiens sont visés. Ce sont souvent des femmes et des enfants qui viennent et ils bénéficient pour l’instant de voies légales pour accéder au Royaume-Uni.

Cette mesure va coûter chère : la Grande-Bretagne promet 120 millions de livres sterling (environ 145 millions d'euros) au Rwanda et entre 20 000 et 30 000 £ (environ 35 000 euros) par personne pour le vol vers le Rwanda et les trois premiers mois d'hébergement sur place. Ça, c'est le coût financier. Boris Johnson n'a peut-être pas encore mesuré le coût politique.

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