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Le revenu universel, l'idée fait son chemin en Suisse

Une question était soumise hier aux Suisses, par référendum : l’Etat doit-il mettre une place un revenu universel mensuel de 2250 euros par adulte. Le Suisses ont dit massivement “non”, et pourtant cette idée révolutionnaire progresse.

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Les Suisses sont des originaux, on le savait déjà, et c’est la première fois qu’une telle question, celle d’un revenu universel, était soumise à un vote national. Jamais aucun pays ne s’y était encore risqué. Et il s’est quand même trouvé près d’un quart des votants pour “oui” à l’issue d’un débat passionné : oui, à l’adoption d’un système révolutionnaire d’Etat social qui substitue à toutes les aides sociales traditionnelles un revenu de base, une allocation mensuelle accordée de la naissance à la mort,  à chacun,  chômeur ou travailleur, actif ou retraité; une allocation plus modeste pour les enfants et bien réelle, bien au dessus du smic par exemple, pour chaque adulte, et cela quelque soit sa situation. C’est ce qu’on appelle le revenu universel, et c’est une idée, voire uneutopie, très à la mode que certains pays sont en train d’expérimenter à petite échelle, au Canada et en Finlande. C’est une idée qui a été recommandée par exemple, en France, par le Conseil national du numérique, Manuel Valls a dit qu’il fallait y réfléchir, et cette idée rallie le suffrage de personnalités et d’économistes de plus en plus nombreux.

D’où vient cette idée, quelle est son histoire

Ce qui est incroyable, c’est ce que cette idée d’un revenu universel a une généalogie baroque, complètement atypique. Elle est revendiquée historiquement à la fois par les partisans du socialisme, du vrai, mais aussi par ceux oui, du libéralisme, du vrai, les deux  grandes familles en principe irréconciliables de la science politique et de la science économique. Le tenants de la première tradition ont coutume de remonter à Thomas Paine, philosophe américain de la fin du XVIIIème siècle, engagé dans les Révolutions des deux côtés de l’Atlantique et auteur en 1797 d’un traité sur la justice agraire. Ce texte proposait que chaque adulte reçoive ne dotation en terre à sa majorité puis une rente foncière dans sa vieillesse. Bien évidemment, transcrite aujourd’hui, cette idée prend la forme d’un revenu d’existence, destinée à éradiquer la pauvreté et c’est pour cela qu’elle est aussi portée par de grandes ONG. C'est d’ailleurs de cette philosophie là que ce sont inspirés les promoteurs du RMI, et de ce qu'on appelle aujourd’hui le RSA.

Cette idée du revenu universel est aussi portée par les libéraux

Les partisans de la tradition libérale, invoquent, eux, un autre grand américain, l’économiste Milton Friedmann, né au début du XXème siècle et inspirateur des politiques libérales mises en oeuvre sous les mandats de Ronald Reagan. L’idée de base est la même, à savoir éradiquer la pauvreté. Ce revenu garanti vient donc se substituer plus ou moins selon les variantes à toutes ou aux principales prestations sociales, santé ou retraite. Pour les libéraux, la collectivité offrirait donc un minimum pour survivre, c’est ensuite à chacun de se débrouiller, c’est-à-dire à chacun selon son mérite, voilà donc le principe libéral de la responsabilité individuelle poussée jusqu’au bout. Ce serait bien sûr un total changement de société, très adapté nous dit la jeune génération des libéraux.Le revenu universel pourrait être donc un beau sujet à réviser pour Bac, mais aussi un grand sujet de philosophie politique. Et on peut donc en remercier les Suisses.

Vincent Giret, du journal Le Monde.

sur Twitter @VincentGiret

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