Elon Musk et son réseau social X : Les batailles judiciaires en Australie et au Brésil

Critiqués par le gouvernement australien, adorés par les partisans de l'ancien président brésilien Bolsonaro, le réseau social X et les prises de position de son propriétaire, Elon Musk, sont dans le viseur de la justice au Brésil et en Australie.
Article rédigé par franceinfo - Grégory Plesse et Jean-Mathieu Albertini
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Elon Musk et son réseau social X sont visés par le gouvernement australien et la Cour suprême brésilienne. Photo d'illustration. (JONATHAN RAA / NURPHOTO / AFP)

En Australie, la justice exige d'Elon Musk qu'il retire les vidéos diffusées sur X (anciennement Twitter) de l'agression d'un évêque d'une église orthodoxe assyrienne. S'il refuse, il encourt une amende de 500 000 dollars. Le gouvernement monte au créneau et envisage de durcir sa loi sur les réseaux sociaux.

Au Brésil, le patron de X, s'en est pris à un juge, ennemi juré des partisans de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, et qui a fait de la lutte contre la désinformation son cheval de bataille. Il devient ainsi encore un peu plus la coqueluche de l'extrême droite brésilienne. La Cour suprême réplique et ordonne l'ouverture d'une enquête contre Elon Musk, notamment, pour "incitation au crime".

Australie : Elon Musk se moque de l'injonction de la justice

En Australie, cette passe d'armes avec X (anciennement Twitter), est liée aux récentes attaques au couteau qui ont endeuillé la ville de Sydney et plus précisément de la seconde attaque. Celle-ci a visé un évêque d'une église orthodoxe assyrienne, qui a l'habitude de diffuser ses prêches en direct sur Internet. Son agression aussi, a été vue en direct par des milliers de personnes. Ce sont ces images que le gouvernement australien a demandé à X de supprimer de sa plateforme, ce que le réseau social a refusé de faire, au nom de la liberté d'expression.

Elon Musk lui-même s'est moqué de la commissaire chargée de la sécurité en ligne, qui a émis cette injonction, en la qualifiant de commissaire à la censure. En attendant, la justice a donné tort à X et à Elon Musk. Ils ont deux jours pour préparer leur appel, après quoi ils risquent une amende de 500 000 dollars par jour, tant que la vidéo incriminée ne sera pas retirée de la plateforme.

"Combattre ce milliardaire arrogant qui se croit au-dessus des lois"

Ce refus d'obtempérer suscite des réactions très vives en Australie. Cette dénonciation traverse la quasi-totalité des courants politiques. "Nous ferons le nécessaire pour combattre ce milliardaire arrogant qui se croit au-dessus des lois, mais aussi au-dessus de la décence la plus élémentaire. Un réseau social se doit d'avoir également une responsabilité sociale. Monsieur Musk n'en démontre pas la moindre", a réagi le Premier ministre, Anthony Albanese, qui s'est montré particulièrement acerbe.

Cette affaire pourrait aller bien au-delà du seul réseau X, puisque le gouvernement envisage de durcir sa loi sur les réseaux sociaux et de tenir pour responsables, pénalement et financièrement, les plateformes qui propageraient des fake news et de la désinformation. Le gouvernement avait déjà essayé de faire voter cette loi en 2023, mais il avait dû y renoncer, car il n'avait pas reçu l'appui de l'opposition. Cette dernière, à la lumière du comportement de X et d'Elon Musk, a changé d'avis et annoncé qu'elle soutiendrait la majorité si un tel texte lui était présenté.

Brésil : Elon Musk, héros de l'extrême droite brésilienne

Ce n'est pas une nouveauté, Elon Musk a déjà été reçu avec tous les honneurs par Jair Bolsonaro alors président, et son action à la tête de X, rétablissant des comptes suspendus de professionnels de la désinformation, est saluée par les bolsonaristes. Mais en traitant Alexandre de Moraes de "dictateur" début avril, Elon Musk devient incontournable pour l'extrême droite locale. Il faut dire que ce juge de la Cour suprême, en pointe dans la lutte contre la désinformation, est le responsable de nombreuses enquêtes visant Jair Bolsonaro, dont celle qui examine sa participation à une tentative de coup d'État.

Cette offensive ne peut donc que plaire à l'ex-président. Durant la manifestation qu'il a organisée ce dimanche 21 avril, le portrait de Musk est partout. Au cœur des discours des participants, il est même ovationné à la demande de Bolsonaro. "C'est l'homme qui a eu le courage de montrer, en apportant quelques preuves, vers où notre démocratie se dirige. Il nous montre les libertés que nous avons déjà perdues. Je demande maintenant un tonnerre d'applaudissements pour Elon Musk !", a-t-il déclaré. Inéligible, empêtré dans les affaires, l'ex-président tente de montrer les muscles. Or, cet épisode lui permet de rassembler ses militants, aujourd'hui beaucoup plus dispersés que durant son mandat.

X a une très forte influence au Brésil

Ces attaques d'Elon Musk contre Alexandre de Moraes se basent sur des révélations, depuis démenties, d'un journaliste américain. Au final, peu importe la vérité, il s'agit avant tout d'imposer son rythme à l'agenda médiatique et de tenter ainsi de normaliser des thèses radicales. X a une très forte influence au Brésil, avec 40 millions de Brésiliens qui y accèdent au moins une fois par mois. Ces provocations ont ainsi relancé un débat sur la liberté d'expression absolue, qui profite au camp Bolsonaro très adepte de la diffusion de fausses informations.

La Cour suprême n'est pas restée sans réaction et a notamment ordonné l'ouverture d'une enquête contre Elon Musk pour "incitation au crime" et "entrave à l'exercice de la justice". Rien de tout cela n'a pourtant calmé les tensions. Cela a même redonné du baume au cœur à une partie du Congrès, qui cherche à limiter les pouvoirs de la Cour suprême.

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