La chasse à l’ivoire fait évoluer les éléphants

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Les éléphants perdraient leurs défenses en ivoire : une étude vient d'observer  ce phénomène sur une population d'éléphants du Mozambique. Les femelles seraient principalement touchées. 

Article rédigé par
Mathilde Fontez - franceinfo
Radio France
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Un groupe d'éléphants en Namibie. Des chercheurs ont découvert que la chasse à l’ivoire de ces animaux les fait évoluer : ils naissent sans défenses. (CLAUDIO BRASLAVSKY / 500PX / GETTY IMAGES)

Mathilde Fontez, rédactrice en chef du nouveau magazine scientifique Epsiloon nous parle aujourd'hui d'une étude réalisée au Mozambique sur une population d'éléphants qui vivent dans le parc national du Gorongosa, et qui perdraient leurs défenses en ivoire. 

franceinfo : Des chercheurs ont découvert que la chasse à l’ivoire fait évoluer  les éléphants : ils naissent sans défenses ?

Mathilde Fontez : Oui, des éléphants sans défenses. C’est une étude qui vient d’être menée par des biologistes de l’université de Princeton. Ils ont regardé en particulier une population d’éléphants, qui vit dans le parc national du Gorongosa, au Mozambique. Et ils se sont aperçus que depuis 1995, 33% des femelles sont nées sans défense, alors qu’elles étaient 18% dans les années 70.

Et c’est l’homme qui serait responsable de ça ?

C’est ce qu’établissent les chercheurs. C’est un cas d’école ce parc. Parce que les éléphants y ont particulièrement subi la pression de la chasse à l’ivoire, pendant la guerre civile entre 1977 et 1992. A l’époque, le braconnage s’est intensifié. Au point que la population d’éléphants a chuté de 90%. Elle est passée de 2 500 animaux à seulement 200, au début des années 2000. Aujourd’hui, la population est en train de se reconstituer. Mais avec un déséquilibre : les éléphantes sans défenses ont été sélectionnées.

Ce qui s’est passé, c’est en fait très simple : les éléphantes sans défenses avaient cinq fois plus de chance de survivre. Elles ont donc pu se perpétuer, et elles ont transmis leur particularité génétique à leur descendance.

Troupeau d'éléphants d'Afrique avec une matriarche sans défenses en ivoire. (Illustration) (PETER CHADWICK / GALLO IMAGES ROOTS COLLECTION / GETTY IMAGES)

Mais cela ne touche que les femelles ?

Oui. C’est ça qui a poussé les chercheurs à mener une étude génétique, pour compléter leur modélisation statistique. Ils ont étudié les gènes de 18 éléphantes, et ils ont trouvé deux mutations, sur leur chromosome X. Ces mutations seraient responsables de cette disparition des défenses. D’ailleurs, on connaît ces gènes chez l’humain, on sait qu’ils sont impliqués dans la croissance des incisives. Donc tout se tient.

Et ce qu’ils ont trouvé aussi, c’est que lorsque ces mutations se transmettent chez le mâle éléphant, elles sont fatales. Il ne peut pas naître d’éléphant mâle sans défenses avec cette mutation. Il y a donc moins de naissances, et moins de mâles. Ce qui veut dire que même si maintenant les éléphants ne sont plus chassés dans le parc, la population va avoir du mal à se reconstituer.

C’est la première fois qu’on observe un tel changement, si rapide dans une population ?

Il a déjà été montré que la chasse peut causer des changements rapides, chez les animaux. Par exemple, on a vu la taille des cornes du mouflon d’Amérique baisser de 20%… Mais là, c’est une étude complète. On voit la sélection naturelle en train se faire sous nos yeux, jusqu’aux gènes mêmes.

Et puis c’est l’éléphant : il est emblématique. Et il joue un rôle majeur sur tout son écosystème, par les plantes qu’il mange par exemple. Les chercheurs ont d’ailleurs vu que les éléphantes sans défenses ne choisissent pas les mêmes plantes. Leur multiplication pourrait donc changer aussi le paysage.

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