Romain Icard : "La vie et le parcours politique de Robert Badinter sont intimement liés"

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Le journaliste et documentariste a réalisé "Robert Badinter, la vie avant tout" à voir ce lundi à 21h05 sur France 3.

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Radio France
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Le journaliste et documentariste Romain Icard, invité de franceinfo le 13 septembre 2021. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Quarante ans déjà (40 ans seulement pourrait-on dire aussi) que la France a aboli la peine de mort, cela fera précisément 40 ans le 18 septembre prochain. Dans son documentaire Robert Badinter, la vie avant tout, le journaliste et documentariste Romain Icard part de cet événement historique pour retracer la vie et la carrière de l'ancien Garde des Sceaux. "Sa vie et son parcours politique sont intimement liés et on le sait, je pense que sans expliquer l'homme on aurait du mal à comprendre pourquoi il a porté si haut et si difficilement ce combat pour l'abolition de la peine de mort en France", explique lundi 13 septembre sur franceinfo le réalisateur.

Alors qu'on pense avoir déjà beaucoup lu, entendu ou vu de choses sur Robert Badinter, le documentaire en dévoile d'autres pas forcément connues, chez ce grand pudique, très secret. "Je ne prétends pas révéler de grands scoops mais c'est vrai qu'on s'est plongé dans sa vie, je l'ai rencontré, j'ai rencontré ses proches, ce qui m'a permis de cerner le personnage, raconte-t-il. Le monsieur est intime, il est secret il n'aime pas se livrer : il parle de ses idées mais il ne parle pas de lui."

Arrestation et déportation de son père

Un événement terrible va le hanter et forger sa conviction sur ce qui restera son principal combat politique et de société. C'est l'arrestation, sur les ordres de Klaus Barbie, de son père Simon à Lyon en 1943, rue Sainte-Catherine, sous les yeux de Robert. Il sera ensuite déporté et tué au camp d'extermination de Sobibor. "Une blessure qui arrive à l'adolescence et qui ne le quittera pas, pour Robert Badinter cela fait partie des éléments constitutifs qui vont le poursuivre dans sa jeune carrière d'avocat", explique Romain Icard.

Le point de départ c'est l'éducation que ses parents lui donnent, puis cette blessure profonde et irréparable.

Romain Icard

à franceinfo

Ce que l'on sait moins aussi, c'est qu'avant d'être pénaliste, Robert Badinter travaille pour le monde culturel et il se spécialise notamment dans le cinéma, qu'il affectionne particulièrement. "Au début de sa carrière il est l'avocat du tout-Paris, du 7ème art et de la presse. Il n'est pas pénaliste et donc pas destiné à combattre la peine de mort dans les assises françaises. Mais à un moment donné, son éthique, sa morale, le poussent, quand le débat national devient plus virulent dans les années 70, à s'immiscer dans ce débat et à prendre part au combat."

Il combat la peine de mort dans les prétoires, puis en politique

Autre aspect saillant que met en avant le documentaire, la manière dont Robert Badinter est détesté, fustigé, même haï lors de procès emblématiques (Roger Bontemps en 1972, Patrick Henry en 1977) où il combat la peine capitale. Sa famille sera menacée de mort à plusieurs reprises. "Il est haï par une partie de la population, une bombe explose sur le palier de son immeuble. On a du mal à l'imaginer parce qu'aujourd'hui tout le monde l'admire, c'était loin d'être le cas à l'époque, affirme Romain Icard. Je crois que c'est sa droiture qui in fine a été comprise, même par ses détracteurs politiques."

C'est un homme d'idées et de morale et il ne déroge pas à ce qu'il considère être son éthique, et je crois que dans le milieu politique, ça a fait de lui, à un moment donné, une figure et aujourd'hui cette figure est reconnue et admirée par tous.

Romain Icard

à franceinfo

Après avoir attendu de longues années, et subi le refus ou les atermoiements des chefs de l'État successifs, il obtient enfin l'abolition le 18 septembre 1981, contre à l'époque le sentiment de la majorité de l'opinion française. Avec un coup de pouce inattendu de François Mitterrand, invité de l'émission "Cartes sur Table", qui se prononce personnellement contre la peine de mort alors que la question sur le sujet n'était pas prévue. "François Mitterrand sait que c'est un débat clivant et qu'il n'a rien à y gagner et pourtant il y va, il le dit, et c'est une bascule médiatique et politique."

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