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Face au risque de pénurie et au manque de civisme des automobilistes, l'Etat impose les bons d'essence (1956)

En novembre 1956, Guy Mollet doit se résoudre à contingenter l'accès au carburant pour les automobilistes. Leur manque de civisme, leur égoïsme, a conduit à cette solution drastique.

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Retour le 22 novembre 1956. Le contexte international est très tendu. La France, le Royaume-Uni et Israël qui avaient attaqué à l’Egypte de Nasser coupable d’avoir nationalisé le canal de Suez, ont dû accepter le cessez-le-feu imposé par les deux Grands, Etats-Unis et URSS.

Mais avec le canal de Suez fermé, l’humiliation se double d’une inquiétude sur les approvisionnements pétroliers de l’Europe et donc de la France.

Depuis Matignon, le président du Conseil, Guy Mollet a une annonce importante à faire aux Français, et plus particulièrement aux automobilistes :

"Moi j'ai toujours fait confiance au peuple français. Je ne peux pas croire qu'il soit vrai, comme l'affirment certaines rumeurs, que notre peuple soit incapable de s'imposer des sacrifices quand ils lui sont demandés. Je ne peux pas croire qu'il soit vrai que ces quelques égoïstes qui se sont précipités pour se constituer des stocks personnels soient vraiment représentatifs de la France.
Le résultat n'est pas encourageant à cette heure. Il s'est créé un véritable désordre. Ceux qui ont le plus besoin d'essence ont des difficultés à en trouver; ceux par contre qui ont de longs loisirs peuvent passer d'un poste à l'autre.
Vous devez comprendre tous que ceci ne saurait durer."

Guy Mollet préfère donner une chance au civisme, répondant au souhait de l’industrie automobile et pétrolière qui ne voulaient pas d’une régulation étatique. Mais, et on le sent à écouter Guy Mollet, ça ne marche pas très bien. Malgré ce discours, les Français ne n’acceptent pas de limiter, par civisme, leur consommation de 30%. Bien au contraire, on continue de se ruer dans les stations essence, des bidons dans les coffres des voitures. D’où quelques jours plus tard :

"Moins d'essence, moins de voitures dans les rues. Ce sont les faits du jour. C'est seulement au dernier jour du délai que les Français sont allés, sans joie, chez le prochain buraliste chercher la vignette qui leur assurera une attribution. Situation exceptionnelle. Aussi faut-il pour l'accepter sans récrimination, une discipline et une certaine compréhension."

La décision est donc prise d’en revenir aux tickets de rationnement, des bons d’essence qui rappellent douloureusement les privations de la Seconde Guerre mondiale.

Le système de rationnement pour les carburants des voitures ne disparaîtra qu’en juin 1957. Et la leçon sera retenue par les syndicats en 1968 mais aussi par en 1996, 1997 ou 2010 : faire peser une menace sur les approvisionnements en carburants plonge les Français dans une angoisse souvent irrationnelle mais bien réelle…

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