Histoires d'info, France info

Détruire de l'art, un geste qui peut être artistique ou politique

Lorsque par deux fois Pierre Pinoncelli dégrade la Fontaine de Duchamp, il invoque l'art comme justification. Mais lorsque qu'un groupe d'extrême-droite dégrade le "Piss Christ" d'Andres Serano à Avignon, la justification n'est plus artistique, elle est politique. Et les motivations des auteurs de la dégradation de l'Arbre de McCarthy ce weekend semblent, elles s'inscrire dans la seconde catégorie

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
(© Maxppp)

En 1993, un évènement fait grand bruit à Nîmes. Une oeuvre d'art très célèbre est quasiment détruite.

Lorsque la déstruction d'oeuvre d'art est revendiquée comme étant de l'art

Le coupable ne se cache pas. Il n'y a pas d'enquête policière pour le retrouver. Son geste n'est pas politique et il ne s'agit en rien d'une opposition à la Fontaine, l'urinoir de Duchamp. Au contraire, le geste est revendiqué comme artistique par le coupable. C'est lui-même un artiste, il s'appelle Pierre Pinoncelli et c'est un spécialiste des happenings spectaculaires et provocants. En 1969, il s'était distingué en aspergeant d'encre rouge André Malraux à Nice.

Il est vrai que cette oeuvre de Duchamp avait fait scandale et que l'artiste s'était distingué en affublant la Joconde en 1949 d'une très seyante paire de Moustache.

Pas calmé par les suites judiciaires de son acte de 1993, Pierre Pinoncelli remet cela en 2006 en écrivant "Dada" au feutre indélébile, toujours sur une Fontaine de Duchamp.

Comment ne pas songer à la destruction le weekend dernier de l'oeuvre de Paul McCarthy, mi-arbre de Noël mi-plug anal installé sur la place Vendôme à Paris.

Et ce, d'autant plus qu'en 1953, l'un des maître de Paul McCarthy, Robert Rauschenberg, alors âgé de 28 ans, avait d'ailleurs effacé (avec son accord) un dessin de l'un des plus grands peintres américains Willem De Kooning, considérant que la destruction de l'art, c'est aussi de l'art. McCarthy ne pourrait-il pas applaudir à la destruction de son oeuvre?

La justification s'arrête là où commence des revendications politiques

Mais cela ne s'applique pas à la destruction de l'oeuvre de McCarthy. Ici, si les motivations du ou des auteurs restent encore inconnues, on connaît très bien ceux qui applaudissent des deux mains, s'inscrivant dans une lecture morale de ce qui doit être montré ou non. Un exemple de cela avait déjà émergé lorsqu'en 2011, un groupe d'extrême-droite avait dégradé à Avignon une oeuvre d'Andres Serano jugé blasphématoire par l'archevêque de la ville.

Mais l'Histoire regorge d'exemples, allant de Apul IV faisant recouvrir les nus de Michel Ange dans la Chapelle Sixtine aux bouddhas détruits par les Talibans en Afghanistan, un acte évidemment plus radical.

Toutefois, il y a une différence entre ces exemples historiques et l'actualité.

L'oeuvre de McCarthy étant évidemment provocatrice, on peut se demander si en ayant effectivement provoqué, elle n'a pas finalement, atteint son but

(© Maxppp)